Venezuela. Nicolas Maduro joue la carte de la Constituante

, par Lina Sankari

Le président vénézuélien convoque une Assemblée constituante
L’annonce du président Maduro, faite lundi, lors de la célébration du 1er Mai, à Caracas, a aussitôt été rejetée par la droite, qui a appelé les citoyens à refuser d’y participer. Reuters

L’annonce du président Maduro, faite lundi, lors de la célébration du 1er Mai, à Caracas, a aussitôt été rejetée par la droite, qui a appelé les citoyens à refuser d’y participer. Reuters

Le président vénézuélien convoque une Assemblée constituante afin de trouver une sortie de crise fédérant différents secteurs de la population. Des incertitudes demeurent quant à sa capacité de rallier l’opposition à son projet.

Les mots ont-ils encore un sens ? Depuis plusieurs mois, l’opposition vénézuélienne dénonce le « coup d’État » du président Maduro. Une nouvelle fois, le thème fut repris cette semaine après la décision du chef de l’État de convoquer une Assemblée constituante. L’annonce, faite lors du défilé du 1er Mai à Caracas, a aussitôt été rejetée par la droite, qui a appelé les citoyens à refuser d’y participer. « Ce qu’a convoqué Maduro n’est pas une Constituante mais une “prostituante” », a violemment dénoncé le parlementaire Henry Ramos Allup. En 2013, l’idée d’une Constituante faisait pourtant partie des revendications de la droite « y compris dans ses tendances les plus radicales, rappelle le sociologue Romain Migus. L’opposition y voyait alors le moyen de dénouer la crise ».

Dans les faits, il eût en effet été impossible à l’exécutif de procéder à une révision constitutionnelle par les voies classiques, car la droite opère un blocage total du Parlement, où elle est majoritaire et ne reconnaît plus l’autorité du chef de l’État. Alors qu’elle n’est pas parvenue à convoquer un référendum révocatoire anticonstitutionnel l’an dernier, l’opposition espère pouvoir avancer la date de la présidentielle de l’an prochain afin de mettre rapidement fin à l’expérience bolivarienne. Depuis un mois, elle mène également de violents affrontements dans la rue pour provoquer le point de rupture. Vingt-huit personnes ont d’ores et déjà trouvé la mort dans ces violences.

« Obliger l’opposition à reprendre le chemin du droit »

Si une Constituante n’a normalement pas vocation à ramener la paix, l’approfondissement de la crise politique, économique et institutionnelle a amené l’exécutif à voir dans ce processus une sortie de crise par le haut « en fédérant le peuple, quelle que soit sa tendance, afin qu’il retravaille certains piliers de la Constitution et en obligeant l’opposition à reprendre le chemin du droit », ajoute le chercheur. Ainsi Nicolas Maduro évoque-t-il une Constituante « populaire, citoyenne, ouvrière », et non « des partis politiques » à laquelle participeraient une partie des 500 membres de l’assemblée élus par divers secteurs de la société, ainsi que des représentants des paysans, des universitaires, des indigènes, des ouvriers, des femmes, des retraités, des minorités sexuelles ou des handicapés. Nul ne sait pour l’heure si les représentants de ces différentes branches seront élus ou nommés. Les autres membres « seront élus selon un système territorial avec un caractère municipal et local ».

Si nombre d’incertitudes demeurent sur les modalités d’organisation, la Constituante ne devrait, selon toute vraisemblance, pas abolir la loi fondamentale de 1999 adoptée à l’initiative d’Hugo Chavez, et qui reste un marqueur de la révolution bolivarienne. Selon le constitutionnaliste Hermann Escarrá, il ne s’agit pas de « dissoudre les pouvoirs » mais d’ajouter à la loi fondamentale « les conquêtes sociales ». « Il se pourrait que certaines réformes comme celles de la diversification économique ou des différents statuts de la propriété, déjà proposées pour une révision constitutionnelle en 2007 mais rejetées, soient de nouveau sur la table », analyse Romain Migus. Autre incertitude : le calendrier électoral se verra-t-il bouleversé par la Constituante ? Des régionales devaient avoir lieu cette année avant d’être reportées, des municipales sont néanmoins prévues en 2017, et une présidentielle, fin 2018. En tout état de cause, si le processus trouvait un aboutissement avant la présidentielle, il permettrait à Nicolas Maduro de regagner en légitimité.

Seulement, sans accord avec la droite sur la ratification par référendum notamment, la voie choisie par Nicolas Maduro semble étroite. Depuis mardi, dès l’aube, les blocages de routes et les accrochages avec les forces de sécurité ont repris. « L’opposition a décidé d’aller jusqu’au bout. Aujourd’hui ils sont en train de passer à une insurrection armée et, face à cette circonstance grave, l’unique chemin pour garantir la paix est une Assemblée nationale constituante », a réaffirmé Nicolas Maduro. Dimanche, le pape François a proposé de reprendre la médiation assurée en 2016. Une proposition immédiatement rejetée par la droite qui exige des « garanties » sur les modalités.

Lina Sankari
rubrique internationale

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