Texte soumis par Serge Guichard

Une vie sous matricule (Slam)

, par Pascal Diard

Une vie sous matricule
12/03/08 – 18/04/08 en 4 moments d’écriture

Je suis le matricule 117-570

J’n’ai pas demandé à être ici, me r’trouver là
J’n’ai pas demandé
Je suis parti d’là-bas, d’où j’suis né, obligé d’fuir,
D’partir d’là-bas
Sans demandé à être là, voilà ! J’y suis, j’y suis
Sans être là
Me v’là ici, me v’là fini dans mes voyages, mes dérapages
Fini l’vagabondage
Me v’là fini, à peine 30 ans, l’regard pendu à des barreaux
Déjà cloîtré à peine 30 ans
J’me sens perdu, reste comme un gland

Je suis le matricule 117-570

Dans une pièce aux coins carrés, je compte les pas
1 pas 2 pas 3 pas … … 100 pas
Dans cette pièce, 3 mètres sur 3, je compte les pas
Je compte mes pas, je compte tes pas
1-2-3 pas … … 100 pas
Puis je m’assois, reprends mon souffle, et recommence le pas à pas
Les pas z’avant, les pas z’à droite
Pas z’en arrière, pas sur la gauche
1 pas 3 pas 10 pas 100 pas
Dans cette pièce 3 mètres sur 3 je compte … …
… … pourquoi ?

Je suis le matricule 117-570

48 heures sans lit et sans sommeil
48 heures !
Depuis deux jours la barbe drue la barbe dure
Depuis deux jours dans la même pièce, dans la même pièce
Aux coins carrés
Que faire d’autre que regarder ?
A chaque coin le regard vide, à chaque coin le regard raide
Depuis deux jours le regard plein, le regard plein de p’tits détails
Le regard plein qui s’amoindrit
Depuis deux jours rien qui n’m’échappe, rien qui n’ m’échappe des 4 murs
Des 4 murs autour de moi
Des 4 murs autour de … … … toi

Je suis le matricule 117-570

Je n’ suis pas nu – encore heureux ! – je porte bien un habit neuf
Mais cet habit ne me dit rien
Cet habit neuf à matricule, cet habit neuf m’uniforme
C’est un habit qui me va bien
Car il me couvre, c’est déjà ça !
Il me va bien, m’va comme un gant
Car il me cache … la honte … le corps
Car il me cache, ne me dit rien, cet habit neuf qui m’uniforme
C’est un habit
Ce n’est pas le mien !
C’est l’habit moche …
… de l’apparence

Je suis le matricule 117-570

Je reste assis, parfois le jour, parfois la nuit
Ne pas bouger, ne pas parler, ne plus penser
Juste respirer, s’oxygéner
Je reste assis, parfois la nuit, parfois le jour
Le temps n’est plus de l’innocence
Le temps perdu de l’importance
Et du dehors et du dedans
Et puis … … d’ailleurs
Je reste assis, le jour, la nuit, la nuit, le jour
… et la chaise est branlante
Qui m’oblige à danser
Sur un pied

Je suis le matricule 117-570

C’est bien écrit / sur le contrat / que j’ai signé / quand j’acceptais / d’être embauché / pour surveiller /
Ce prisonnier
(Ce prisonnier) … en rétention
Ce sans-papier …
… … … …
… d’identité