Le Chacal et l’empereur

Theatre Algerie

, par sebti mallem

Culture (Mardi 01 Octobre 2002)

“L’EMPEREUR ET LE CHACAL” PRODUCTION DU TRB

Tournée nationale

Depuis leur sortie il y a vingt jours, les comédiens du Théâtre régional de Batna, accompagnés d’un empereur et d’un chacal, ont déjà secoué plusieurs salles à travers le pays.

Chaleureusement accueillis à Ouargla, l’Empereur et le Chacal ont non seulement ébranlé la salle de la Maison de la culture de Ouargla mais ont fait l’enrichissement des adultes et la joie des enfants.
Deux pièces et deux jours gravés à jamais en lettres d’or dans les annales de la culture de cette capitale des oasis.

L’Empereur est une satire écrite par Larbi Boulbina, réalisée par Chaouki Bouzid et interprétée par Lhani (deuxième empereur), Kamel Zrara (Bergue ellil : l’homme de l’ombre), Djamel Tiar, Lydia Chiba et Saliha Benbrahim qui revient à notre grande joie, après quatre mois de convalescence. La fin d’un chacal est une fable écrite et réalisée par Samir et interprétée par Laboukh Nawel et Oudjite.

Les deux histoires représentées sont passionnantes parce qu’elles sont celle d’une lutte constante, incessante et perpétuelle de l’homme animal et sa soif égoïste et perverse de pouvoir et de règne absolu. Aussi le citoyen perplexe et ébahi se demande qui détient le pouvoir et qui l’exerce : l’empereur ou Berg Ellil ? Le chacal ou le lapin ? Qui sont les juges ? L’oiseau ou la paysan ? D’où vient le pouvoir ? Qui le crée ? Ce sont certainement les citoyens ! N’est-il pas vrai qu’aujourd’hui, la base de l’institution que nous connaissons repose sur la justice des citoyens qui remplace celle des empereurs.

Mais les citoyens encore plus perplexes pensent que la loi est dans son principe, toujours juste. Mais en est-il de même dans son application ? Est-elle autant juste ?

Malgré la chute du premier empereur et la mort certaine du chacal et qui sont d’ailleurs des atouts décisifs pour le peuple et le reste des autres animaux, cette victoire ne garantit pas la remise en ordre de l’empire et de la forêt. Cette chute et cette mort ne suffisent pas, car le spectre du chien et de Berg Ellil continuent d’obséder et de terroriser les âmes… mais les gens de l’empire ont finalement compris que Berg Ellil est encore plus puissant que le deuxième empereur et cent fois plus intelligent que l’empereur déchu.

Telle est la dernière leçon de cette jeune équipe de moins de trente ans qui nous explique à travers les deux pièces que la liberté a besoin d’espace et d’air pour s’accomplir et que les hommes ne pourront vivre ensemble que s’ils se sentent libres. Aussi, la fragilité du pouvoir et des lois sont comme un “système d’un consentement toujours à refaire”.
Les adultes se doivent de préserver le temps de l’enfance et de la naissance du jugement, s’ils veulent engendrer des hommes libres qui devront un jour à leur tour prendre consciencieusement le règne d’un pouvoir juste qu’aucun Berg Ellil ne saurait manipuler.
Après quatre longues années d’absence, le TRB (Théâtre régional de Batna), ce volcan d’énergie, éteint malgré lui par la médiocrité et l’irresponsabilité des responsables, revient joyeusement avec le retour de M. Yahiaoui, égayer nos salles et enrichir nos soirées.
Comme d’habitude, il est à la hauteur de nos attentes et nos espérances. Il nous fait revive notre propre réalité vécue au quotidien, nous donne une autre vision de notre propre douleur et nous fait oublier et rire.
Ceci nous rappelle ses exploits d’antan, du temps des années sanglantes qui ont vu la naissance de nombreuse pièces aussi sublime les unes que les autres. Pourrait-on oublier par exemple Alam el Baouch, Dalia, El-Falaka, le Jeu de la mort, El-Khafafiche, le Diplomate...
Perfectionnisme, professionnalisme, courage et passion, ce sont là les ingrédients de la réussite de ces jeunes artistes et le secret de leur recette. Le vent de sable du Sud, les intempéries du Nord, l’inexistence des infrastructures et l’absence des moyens n’ont pu ni entraver leur démarche ni faire courber leur échine.

Après Ouargla, la troupe sera à Aïn Defla, lundi à Skikda, puis Constantine, Sétif, Khenchela... et pourquoi pas de l’autre côté de la rivière, où beaucoup d’enfants revivent après la mort du Chacal.