Cercle Frantz Fanon de la Martinique, Fondateur Marcel Manville

Sortir du « Jeu de rôle »

, par Victor Permal

« Le colon et le colonisé sont de vieilles connaissances. Et de fait, le colon a raison quand il dit « les » connaître. C’est le colon qui a fait et qui continue à faire le colonisé. Le colon tire sa vérité, c’est-à-dire ses biens, du système colonial. »

Frantz FANON (Les Damnés de la Terre )

Les descendants de colons venant d’Europe
se considèrent comme les véritables organisateurs de la société martiniquaise, économiquement, religieusement, politiquement, juridiquement, socialement.

Il n’est pas inutile de rappeler que notre univers martiniquais se constitue dans les plantations comme matrices. Le peuplement de notre île se fait au moyen de la traite des nègres, de l’immigration indienne et chinoise et d’une infime minorité d’européens. Les premiers habitants de l’île ont été exterminés Quelques uns ont pu fuir. C’est autour d’une unité économique : l’habitation que se structurent les relations sociales et les rapports sociaux.
Les relations sont celles construites par des humains appartenant à deux mondes différents
L’Europe et L’Afrique sur une terre étrangère : une île de l’Archipel des Antilles que les Européens appelleront la Martinique. Ils vont donner un nom aux choses et aux gens. Ils vont aussi définir un statut pour les gens. Ils sont les maîtres. Ils se donnent la possession de tout. Ils accaparent les terres, se les partagent selon leurs alliances et créent entre eux des codes de protection de leurs personnes et de leurs biens .Ils obtiendront tout, d’abord des royaumes dont ils sont les sujets et plus tard des démocraties dont ils sont citoyens. Ainsi, tous les Africains kidnappés, raflés, embarqués dans des bateaux (dits négriers), vendus et achetés par eux, vont être baptisés, vont être re -nommés et vont avoir le statut d’esclave , donc seront totalement à leur merci .Un ordre esclavagiste se met en place. La tache du pouvoir central va consister à veiller à ce que cet ordre ne soit pas mis en cause et pour cela il va concentrer ses efforts à faire admettre à l’esclave que son salut dépend de l’acceptation de sa condition dans une obéissance absolue aux maitres et aux blancs. L’esclave devra comprendre et admettre que les maitres sont nécessairement des blancs. Que les hommes blancs ont été crées pour dominer ceux qui n’ont pas la même nature qu’eux, notamment les hommes noirs Que les hommes noirs portent en eux la tâche indélébile de la malédiction .Que donc les hommes noirs sont fait pour la servitude. Et c’est ainsi jusqu’à aujourd’hui dans les représentations.

« Il faut observer que tous les nègres ont été transportés aux colonies comme esclaves ,que l’esclavage a imprimé une tache ineffaçable sur toute leur postérité ,même sur ceux qui se trouvent d’un sang mêlé ; et que, par conséquent ,ceux qui en descendent ne peuvent jamais entrer dans la classe des Blancs »

(Lettre du Ministre au gouverneur de Cayenne, 13/10/1766—AN,colonies,B123,p42).

La juridique, sociale, économique, religieuse séparation raciale avait et a encore comme objectif la préservation de la pureté du colonisateur et de sa culture définissant le beau, le vrai, le bien, et par-dessus tout le pur donc l’impur !
Aujourd’hui, en Martinique, des hommes blancs, leaders économiques, se réclament de ce monde, compartimenté, raciste, inhumain. Ils proclament ici et maintenant la pureté de la race blanche ! Quelle injure, quel mépris, quelle horreur !

Ils mettent bien en lumière qu’ils sont au milieu de nous, sans être avec nous, sans aucune aspiration à leur propre libération. C’est aussi cela l’aliénation. Triste image. Complexe de supériorité.

Sans ambiguité ils permettent de voir clairement que l’abolition de l’esclavage n’a pas transformé les rapports sociaux. Ils se perçoivent comme les maîtres du destin de la Martinique et en cela d’ailleurs ils sont bien confortés par le gouvernement central.
Le laisser-faire et le laisser-dire face aux oppressions les plus calculées faites aux hommes et femmes de Martinique s’inscrivent dans cette logique d’humiliation d’un peuple. C’est insupportable.

Un documentaire présenté sur une chaîne de télévision (CANAL+) montre ce que le réalisateur appelle « Les derniers maîtres de la Martinique ». Les images et les paroles des descendants de colons met en évidence l’actualité toujours brutale de la domination d’une minorité puissante, influente et arrogante sur des hommes et des femmes en lutte pour leur survie.

Le CERCLE FRANTZ FANON souhaite que le visionnage de ce document aide à la compréhension critique des héritages à gérer et dans le contexte de la mobilisation actuelle conforte notre détermination collective à vouloir qu’une autre société se construise. Des femmes et des hommes proposent de sortir de ce monde clos. Ceux-là se réclament de la communauté Martiniquaise en lutte pour sa totale libération et donc pour la suppression des rapports aliénants de soumission. Le CERCLE FRANTZ FANON est solidaire de ces objectifs . Sont déjà mis en lumière et le seront encore davantage les modes modernes d’exploitation de domination et d’intention de faire taire notre revendication à construire nous-mêmes avec notre génie propre, notre destin.

« Plus le peuple comprend , plus il devient vigilant, plus il devient conscient qu’en définitive tout dépend de lui et que son salut réside dans sa cohésion dans la connaissance de ses intérêts et de l’identification de ses ennemis. »

Frantz FANON (Les Damnés de la Terre )