Introduction

Soirée Regards Croisés Fanon-Césaire et Ho Chi Minh

, par Moustapha Gueye

Chers camarades,
Chers amis,

Le réseau Frantz Fanon International est né de l’espace Frantz Fanon créé avec le Forum social de Nairobi de 2007 et poursuivi lors du Forum social de Bamako.
Ces deux rencontres qui font la symbiose de différentes cultures, alter-mondialistes, antilibérales, anticapitalistes pour certaines, se sont inspirées de l’oeuvre de Fanon dans sa signification profonde. Face au débat sur « le rôle positif du colonialisme, sur la « théorie du choc des civilisations », face à la xénophobie, à la prégnance de la question » Noir-blanc, cette profession de foi de Fanon : « Non au meurtre de ce qu’il y a de plus humain dans l’homme », n’est pas à l’ordre du jour ? .
Lors de ces deux événements, ces réflexions concertées de penseurs, de militants de plusieurs pays ont soulevé la question de la persistance des murs en Europe, aux Etats-Unis, ces murs physiques qui ne sont que la concrétisation de murs invisibles, ceux des dominations,et discriminations, ceux des hiérarchisations entre individus et peuples. Le Réseau Frantz-Fanon international tout en refusant toute attitude stérile envers Fanon, se veut initiateur de liens organiques entre ces différents partenaires, pour participer cérébralement et concrètement au mouvement de libération humaine.

Cherchons à comprendre Césaire et Fanon ,deux symboles toujours vivants de l’humanisme de l’universalisme concrets,de l’engagement contre l’injustice,contre les dominations,pour l’internationalisme et la liberté notamment des peuples dominés.
L’un Frantz Fanon de son vivant a écrit des ouvrages dont « peau noire et masque blanc, les damnées de la terre, l’an 5 de la révolution algérienne » et.., il est mort à 36 ans le 6 Décembre 1961 à New -York d’une leucémie, il est enterré en Algérie terre de sa lutte pour une nouvelle psychiatrie,pour l’indépendance africaine.
L’autre, Aimé Césaire écrivain poéte, dont les oeuvres sont « cahier du retour au pays natal, discours sur le colonialisme, une saison au Congo, la tragédie du roi Chritophe, Toussaint l’Ouverture, négre je suis, négre je serai » et d’autre textes comme la lettre à Maurice Thorez qui marque sa rupture avec le Parti communiste français. Je signale au passage que Césaire n’a jamais renié son engagement communiste et pour l’émancipation humaine.
Il est mort en mars de cette année,en Martinique,sa patrie. Parlant d’elle, il disait : « nous avons un paysage il faut en faire un pays, une population il faut en faire un peuple, un territoire il faut en faire une nation ».
A travers ces deux figures aux multiples visages nous pouvons considérer l’histoire,le passé colonial en particulier comme toujours en devenir,ouverte aux défis de ce qui reste inexploré,de ce qui n’est pas réparé.
Leur oeuvre nous permet de travailler au renversement et au démantèlement de représentations préétablies,de l’héritage et de la reproduction de ces représentations qui ont fait perdurer une subordination dans une société coloniale dont la culture ne saurait être autre chose qu’une culture coloniale avec comme fondement idéologique essentiel le racisme.
Travaillons au rejet, à la dé-construction des formes culturelles et impériales persistantes,toujours dominantes,à l’exemple de la Françafrique qui repose aujourd’hui sur une sorte de paternalisme et un fraternalisme très étroit,tendancieux. Le discours du Président de la République Mr sarkozy à Dakar n’est qu’une illustration de cela quand il parle « de l’Afrique qui n’est pas rentrée dans l’histoire ». Egalement, le triomphe des Etats Unis,l’émergence et le renforcement de l’Europe néo-libérale, avec des nouvelles formes de dominations, militaires,économiques, politiques et un contrôle substantiel sur les ressources, les matières premières, les produits de base, les êtres humains, en sont une parfaite illustration.

Il s’agit de ne pas se perdre dans un universalisme abstrait, désincarné, mais de définir une voie spécifique de lutte révolutionnaire internationaliste,africaine, de lutter à la liberté totale de son peuple selon Césaire, de dire non au mépris de l’homme, non à l’exploitation de l’homme, non au meurtre de ce qu’il y a de plus humain en l’homme :la liberté selon Fanon.
Aujourd’hui ces deux grandes figures de l’histoire nous font voir aussi que nous appartenons à une société dont les identités socioculturelles ne se réduisent pas à une seule tradition, une seule religion,dont les différentes composantes constituent une richesse.