Article soumis par Peggy Cantave Fuyet

Qui était André Aliker ? www.humanite.fr

, par Fernand Nouvet

Mort à 34 ans, il avait compris l’importance de la presse. Et demeure un personnage moderne. Portrait.

Né en 1900 au coeur de l’âge d’or du colonialisme et mort à trente-quatre ans, André Aliker est le fils d’ouvriers agricoles. C’est un personnage moderne aujourd’hui encore. Il est militant communiste du groupe Jean-Jaurès et un journaliste que la conviction de son travail pousse à se dépasser. André Aliker est l’animateur de Justice, qu’il a fondé. Il est l’homme-orchestre qui combine en lui la gérance, la rédaction, la correction et la diffusion de ce journal dans lequel il révèle ce qu’il découvre d’injustices, les dessous de sombres affaires de fraude et de corruption. Après enquête, il publie dans une édition spéciale du 11 juillet 1933 des pièces d’un dossier prouvant la culpabilité du béké Aubéry dans une affaire de fraude fiscale.

Victime de pressions et de menaces, André Aliker écrit à son frère, à Paris, que sa tête est mise à prix. Il est enlevé par deux inconnus le 1er janvier 1934 et, le 11 janvier, rejeté par la mer, son corps est retrouvé sur une plage de la commune de Schoelcher. Il avait été bâillonné et ligoté avant d’être jeté à l’eau. L’enquête remonte très vite à deux émigrés saint-luciens, Moffat et Mellon, ainsi qu’à une Martiniquaise, soupçonnée d’avoir acheté la corde qui ligotait la victime. Si la femme est rapidement mise hors de cause, les deux compères seront traduits devant la cour d’assises de Bordeaux avant d’être acquittés. Rien d’autre ne viendra plus troubler les affaires du béké Aubéry. Hormis la tentative de Marcel Aliker de venger son frère en tuant le béké. Mais, au moment ultime, le pistolet s’enraye. Arrêté, Marcel Aliker sera libéré après quelques mois de prison. Le drame Aliker a marqué, en Martinique, des générations entières de militants de gauche.

Pour les journalistes d’aujourd’hui, Aliker doit être un modèle. Dans les années trente, il avait compris l’importance de la presse. Il avançait de front dans les deux directions que lui conféraient sa double conscience de journaliste et de communiste. Mais il savait qu’à un moment sa fonction de journaliste primerait sur celle du militant. Qu’il devait être avant tout au service de la vérité. De ces valeurs qui, aujourd’hui, ne sont toujours pas démodées. Comme le souci d’investigation. Et de tout vérifier. Aliker était un personnage exemplaire. Qu’il soit mort comme il est mort, et maintenu dans des ténèbres pendant plus de soixante-quinze ans, est difficilement acceptable. Et le film de Guy Deslauriers, sur un scénario de Patrick Chamoiseau, avec Stomy Bugsy dans le rôle du journaliste, montre que le sujet dérange encore aux Antilles.

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