L’Humanité

Quand la Guyane ferme ses portes aux ressortissants haïtiens

, par Mathieu Carbasse

En réclamant des documents quasiment impossibles à fournir depuis le séisme, la préfecture de Cayenne discrimine clairement les demandeurs haïtiens de titre de séjour. Guyane, correspondance.

Quinze à l’oral. Douze à l’écrit. Si les notes qu’elle a obtenues à l’examen de français du baccalauréat pourraient rendre jaloux bon nombre de lycéens, Charlotte [1] , elle, refuse de se laisser griser. Aujourd’hui en classe de terminale STG à Kourou, elle met son futur entre parenthèses, «  pour ne pas tomber de haut, pour ne pas voir (ses) derniers rêves s’envoler  ».

Des rêves qui sont ceux d’une jeune fille de dix-neuf ans, arrivée en Guyane en provenance d’Haïti il y a sept ans, dans l’espoir d’un avenir qui lui sourirait enfin. Des rêves qui sont ceux d’une jeune fille prise en charge depuis plusieurs années par l’aide sociale à l’enfance (ASE) et qui se bat pour obtenir un titre de séjour. «  J’ai mis des mois pour réunir tous les documents exigés, et sur les trois dossiers que j’ai déposés à la préfecture, les deux premiers ont été, soi-disant, perdus et aucun récépissé ne m’a été délivré pour le troisième. J’ai donc déposé un recours au tribunal administratif pour, au moins, avoir une réponse à ma demande, confie-t-elle, non sans dissimuler la peur qui l’habite d’être expulsée. Je ne sais pas encore combien de temps tout cela va durer mais j’espère que, cette fois, ça va marcher.  »

L’histoire de Charlotte n’est malheureusement pas un cas isolé dans ce département français d’Amérique du Sud, qui refuse de tendre la main à la population haïtienne. Faisant fi du grand désarroi qui touche les habitants de cette ancienne colonie française, la préfecture de Guyane use en effet de pratiques pour le moins surprenantes envers les ressortissants haïtiens souhaitant être régularisés. De façon abusive, elle leur demande de fournir un acte de naissance délivré par les Archives nationales d’Haïti ainsi que l’extrait d’archives correspondant à cet acte… un document bien difficile à obtenir depuis le séisme du 12 janvier dernier. Mais le plus grave, c’est que les Haïtiens sont les seuls ressortissants étrangers à devoir apporter ces extraits d’archives sous peine de voir leur dossier automatiquement rejeté.

Interrogée, la préfecture de Guyane, par la voix de Didier Cahu, directeur adjoint en charge de la réglementation, de la citoyenneté et de l’immigration, confirme «  le traitement de faveur  » réservé aux seuls ressortissants haïtiens : «  On leur demande l’extrait d’archives car ils s’appellent tous de la même manière. C’est pour mieux lutter contre l’homonymie.  »

Par le biais de fonctionnaires zélés, la préfecture de Guyane durcit donc une loi déjà très restrictive, quitte à être régulièrement attaquée pour excès de pouvoir devant le tribunal administratif. Et fréquemment condamnée. «  Nous aimerions faire avancer les lois qui régissent la régularisation des étrangers, explique Marc Grossouvre, correspondant à Cayenne du Réseau Éducation sans frontières (RESF) qui a déposé 27 dossiers (25 ont été acceptés) devant le tribunal administratif. Mais pour l’instant, nous nous battons juste pour que la préfecture de Guyane applique la loi ! »

Voir en ligne : Quand la Guyane ferme ses portes aux ressortissants haïtiens

Notes

[1Son prénom a été modifié afin de préserver 
son anonymat

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