Communiqué de la CGTM

PROCES COLONIAL en MARTINIQUE : UNE DIRIGEANTE SYNDICALE JUGEE POUR « RACISME »

, par La Confédération Générale du Travail de la Martinique (CGTM)

Le 15 décembre 2010

Le 15 décembre prochain, la Secrétaire Générale de la CONFEDERATION GENERALE DU TRAVAIL DE MARTINIQUE (CGTM) Ghislaine JOACHIM-ARNAUD, membre dirigeant du COLLECTIF DU 5 FEVRIER (K5F) à l’origine du mouvement social de grande ampleur de février 2009, est convoquée par le Procureur de la République devant le Tribunal Correctionnel de Fort-de-France.

Jean-François HAYOT, membre du plus grand groupe économique de la Martinique, le GROUPE BERNARD HAYOT, a déposé une plainte à son encontre au nom de l’association « Respect DOM » . Il l’accuse d’avoir repris lors d’une émission télévisée le slogan scandé pendant plus d’un mois par des milliers de manifestants « Matinik sé ta nou. An bann bétché, profité, volè ! Nou ké fouté yo dewo . Komba tala fok nou kontinié » traduit par « La Martinique est à nous, la Martinique n’est pas à eux, une bande de békés, profiteurs voleurs, on les mettra dehors .Ce combat là doit continuer ».

Le procureur de la République poursuit notre camarade pour provocation « à la discrimination, à la haine et à la violence à l’égard d’un groupe de personnes en raison de leur origine, ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation ou une race déterminée » ; ce sont les termes de l’accusation.

Ceux qui se disent « victimes » de la « discrimination » de notre camarade sont pour la plupart les descendants des colons français propriétaires d’esclaves. Aujourd’hui, bien qu’ils représentent 1% de la population, la majorité d’entre eux possède une grande partie des richesses et détermine, avec la complicité du gouvernement français, les orientations de l’économie de la Martinique. Certains d’entre eux même n’hésitent pas à faire étalage de cette idéologie raciste qui leur a permis d’asseoir leur domination séculaire sur les travailleurs descendants d’Africains ou d’Indiens en particulier.

En février 2009, le peuple martiniquais, toutes catégories,toutes « couleurs » confondues , travailleurs, jeunes, retraités, travailleurs indépendants, chômeurs, s’est levé puissamment et pacifiquement pour protester contre les bas salaires, les prix exorbitants, le chômage, la précarité, la misère qui gagne. Lors des mobilisations, il a désigné le principal responsable : le grand patronat qu’il soit béké, mulâtre, noir, français ou chinois d’origine, qu’il dirige des centres commerciaux, des plantations de bananes, des sociétés d’import-export, une raffinerie de pétrole ou de grands hôtels.. Il a désigné l’Etat au service des possédants et la politique de restrictions budgétaires dans les services publics : un système de santé en grande difficulté et une éducation nationale chaque année appauvrie en personnel .

En Février –Mars 2009, les slogans entonnés par le peuple martiniquais en colère n’étaient en rien de la discrimination raciale. En désignant les békés, il n’a fait que rassembler sous un même nom tous les « exploiteurs, voleurs », coupables ,eux ,de « profitation ».

Ghislaine JOACHIM-ARNAUD n’est pas coupable de racisme. dirigeante de la grève de février-mars 2009, elle a exprimé l’exaspération et le ras le bol des masses en colère.

Ce n’est pas Ghislaine JOACHIM-ARNAUD qui sera jugée le 15 décembre prochain mais tous les travailleurs,tous les jeunes,tous les retraités, tous les chômeurs, mobilisés en Martinique en Février-Mars 2009. Tout le peuple de Martinique...