Migrations, le Mali ne se signe pas l’accord dit de "réadmission". Dépêche AFP

, par Serge Guichard

Les négociations entre la France et le Mali sur les flux migratoires se sont de nouveau soldées jeudi à Bamako par un échec, les autorités maliennes refusant une nouvelle fois de signer un accord sur l’immigration, a-t-on appris de source gouvernementale malienne.

AFP

08.01.09 | 19h44

Les négociations entre la France et le Mali sur les flux migratoires se sont de nouveau soldées jeudi à Bamako par un échec, les autorités maliennes refusant une nouvelle fois de signer un accord sur l’immigration, a-t-on appris de source gouvernementale malienne.
"Nous venons de chez le président de la République (Amadou Toumani Touré) qui a reçu les délégations malienne et française. +C’est non+, le Mali n’envisage pas signer actuellement un document", a affirmé à l’AFP un responsable malien du comité franco-malien sur les migrations.

Le secrétaire général du ministère français de l’Immigration, Patrick Stéfanini, qui avait entamé jeudi matin à Bamako des entretiens en vue d’un éventuel accord sur la gestion concertée des flux migratoires entre les deux pays, "s’apprête à quitter le Mali", selon des sources concordantes.
"Ce (jeudi) matin, à la rencontre au ministère chargé des Maliens de l’extérieur, la France a pourtant fait beaucoup de concessions. C’était même inespéré", a affirmé à l’AFP une source proche du dossier.
Selon le document de travail que l’AFP a pu consulter, sur plusieurs points, la partie française, visiblement pressée d’aboutir à un accord, a accepté plusieurs propositions maliennes, notamment l’augmentation du nombre de Maliens autorisés, en cas de signature de l’accord, à venir travailler en France.
A l’appel de plusieurs associations maliennes, plusieurs centaines de personnes ont manifesté jeudi pacifiquement à Bamako et à Kayes (ouest, région d’origine de l’écrasante majorité des Maliens vivants en France) pour demander que Bamako ne signe pas cet accord.
"Il n’est pas question de signer. Signer, c’est vendre nos parents en France. Nous n’accepterons jamais. Nous resterons mobilisés", a déclaré à l’AFP, Tahirou Bah, président du "Mouvement des sans-voix", principal organisateur de la manifestation à Bamako.
Plusieurs organisations non gouvernementales françaises s’étaient mobilisées contre cet accord.
Pour Attac (altermondialiste), "cet accord consacrerait la coopération des autorités maliennes à la politique française de chasse aux sans-papiers, en facilitant la délivrance de laissez-passer permettant l’expulsion effective des Maliens en situation irrégulière en France".
Quelque 4 millions de Maliens vivent à l’étranger, essentiellement en Afrique (Côte d’Ivoire, Sénégal...) et quelque 200.000 en Europe.
L’argent des Maliens de l’extérieur représente 10% du PIB de ce pays de 12 millions d’habitants en grande partie désertique, classé parmi les plus pauvres du monde mais bénéficiant d’une image positive auprès de la communauté internationale en raison de sa stabilité et de ses institutions démocratiques.
La communauté malienne en France, ancienne puissance coloniale, totalise 120.000 personnes, dont 45.000 en situation régulière, généralement dans des emplois peu qualifiés.
Les transferts d’argents des "Maliens de France" vers leur pays d’origine est supérieure à l’aide publique au développement (APD) versée chaque année par Paris à Bamako.
La France a déjà signé sept accords de gestion concertée des flux migratoires (Cap Vert, Sénégal, Gabon, République démocratique du Congo, Bénin, Tunisie et Ile Maurice). Cinq autres accords de ce genre sont en gestation (Mali, Burkina, Cameroun, Haïti et Egypte).
Les principales communautés originaires d’Afrique subsaharienne vivant en France viennent du Sénégal et du Mali.
Le ministre français de l’Immigration Brice Hortefeux a quitté Paris mercredi pour une tournée en Afrique de l’Ouest qui doit après le Togo doit le conduire au Bénin et au Burkina Faso.
Une éventuelle étape de M. Hortefeux au Mali, annoncée dans la presse malienne, n’avait pas été officiellement confirmée.