Les politiques néolibérales ont désarmé les États africains face au djihadisme

, par Demba Moussa Dembélé Ligue internationale de la lutte des peuples Vice-président du Réseau international Frantz Fanon

Demba Moussa Dembele Économiste, directeur du Forum africain des alternatives

L’expansion du terrorisme a été facilitée par la destruction de la plupart des États africains par les politiques d’ajustement structurel imposées par la Banque mondiale et le FMI durant les décennies 1980 et 1990.

Ces politiques ont démantelé les institutions et instruments d’intervention économique de l’État, qui avait joué un rôle de premier plan après les indépendances, surtout dans le monde rural. Les réformes néolibérales imposées par la Banque mondiale et le FMI ont conduit à la fermeture des structures d’assistance aux paysans et à la libéralisation du secteur agricole, avec comme résultats l’aggravation de l’exode rural et l’explosion de la pauvreté. Des milliers de jeunes désœuvrés, abandonnés à eux-mêmes et sans aucune perspective d’avenir, sont allés gonfler les rangs d’Aqmi, du Mujao et d’Ansar Dine. Par ailleurs, l’imposition de l’austérité budgétaire aux États, dont l’objectif était d’obtenir le remboursement de la dette extérieure, s’est traduite par des coupes claires dans les dépenses publiques dont les forces de défense et de sécurité ont fait les frais. L’austérité et la restriction de l’intervention de l’État sur le plan économique ont mené à la destruction de celui-ci. Le démantèlement de l’État a eu des conséquences dramatiques sur la défense et la sécurité des pays africains. Dans ces conditions, on comprend pourquoi l’armée malienne – tout comme celles des autres pays de la sous-région – était dans un état de dénuement, voire de délabrement, total au moment où le MNLA et les autres groupes sont passés à l’offensive. Il n’est dès lors pas étonnant que ces groupes aient pu venir facilement à bout de l’armée malienne dans le nord du pays. Ce sont donc des armées impréparées qui ont eu à faire face au terrorisme. En face de groupes surarmés, très mobiles et déterminés, les armées africaines se trouvaient sur la défensive. Cela donne ainsi l’occasion aux pays occidentaux, responsables de l’éclatement du terrorisme, d’offrir leurs services pour « défendre » les pays africains ! C’est l’histoire du pyromane qui joue aux pompiers !

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