Le virage néocolonial clive la France Sondage OpinionWay

, par Lina Sankari

Le virage néocolonial clive la France

À l’occasion de la Semaine anticoloniale, la France se divise sur la suppression du ministère de l’Identité nationale, selon un sondage Opinionway pour l’Humanité et Beur FM. Opinion sur la suppression du ministère de l’immigration.
Il y a cinq ans, lorsque le débat sur le « rôle positif » de la colonisation ne semblait intéresser qu’un cercle restreint d’historiens ou d’associations, 64 % de Français se déclaraient favorables à une loi orientant les programmes scolaires en ce sens. Aujourd’hui, le débat lancé par le gouvernement sur la définition de l’identité nationale semble avoir littéralement clivé le pays. Selon l’enquête réalisée par Opinionway pour l’Humanité et Beur FM à l’occasion de la Semaine anticoloniale, qui débute ce vendredi, 45 % des sondés se disent favorables à la suppression du ministère de l’Immigration.

LE POIDS DE L’HISTOIRE

La proportion la plus importante de ces opposants au ministère affirme être proche du PCF et du Parti de gauche (82 %) puis du PS (66 %). À l’inverse, 52 % des sondés sont opposés à toute suppression de ce ministère. À droite, la proportion la plus importante réside logiquement chez les sympathisants UMP (66 %) et du FN (62 %). « Sur ce débat, les Français se divisent clairement entre un peuple de gauche favorable à la suppression et un peuple de droite qui y est nettement défavorable », relève Denis Pingaud, vice-président exécutif de l’institut de sondage. La deuxième question de l’enquête concerne le lien entre le passé colonial de la France et les discriminations des jeunes héritiers de l’immigration. Ainsi, 51 % des Français jugent que cette histoire joue un rôle important. À gauche, ce sont une nouvelle fois les sympathisants communistes et du Parti de gauche qui sont les mieux représentés dans cet ensemble (64 %). De l’autre côté de l’échiquier politique, 47 % des sympathisants d’extrême droite et 40 % de ceux de l’UMP pensent que la mémoire de la colonisation rejaillit sur la place réservée à ces jeunes. Il convient toutefois de nuancer car, parmi les sondés qui voient peu de liens entre ce passé et les discriminations, 59 % sont également proches de l’UMP et 53 % du Front national. « Ce lien entre l’histoire coloniale et les discriminations transcende les clivages partisans, indique Denis Pingaud, l’influence de cette histoire relève certainement d’analyses différentes d’un bout à l’autre de l’échiquier politique. » Pour Mustapha Gueye du Cercle Frantz-Fanon, pas de doute : « La mémoire collective française est l’héritière de l’histoire de la colonisation. En ce sens, les Français d’origine immigrée sont presque traités comme les colonisés de l’époque. » Selon Farid Frédéric Sarkis, du collectif de la Semaine anticoloniale, « ce débat justifie la cohésion nationale par la stigmatisation d’un groupe, il n’est pas seulement à visée électoraliste mais relève d’une logique : poursuivre une politique de casse sociale et la justifier en prenant un bouc émissaire dont on espère qu’il fasse l’unité contre lui ».

UNE DROITE RADICALISÉE

La bataille idéologique entamée depuis 2002 sur ces questions à travers l’inauguration de plaques à la mémoire de l’OAS, l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration à l’endroit même de l’exposition coloniale de 1931, relève selon Henri Pouillot, du MRAP, d’une « volonté de radicaliser l ’ensemble de la droite. Rappelons qu’en 1968, Fillon, Devedjian, Madelin appartenaient à des organisations telles qu’Ordre nouveau, Occident ou le Groupe union défense (GUD) ».

LINA SANKARI

Voir en ligne : http://www.humanite.fr/Le-virage-ne...