Le sous-continent indien, enfer des journalistes

, par Lina Sankari

Dix reporters ont été tués durant les six premiers mois de l’années en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Birmanie et aux Maldives.

Le sous-continent indien se transforme en terrain miné pour les journalistes. Durant les six premiers mois de l’année, dix reporters ont été tués en Inde, au Pakistan, au Bangladesh, en Birmanie et aux Maldives. En Inde, l’Etat de Jharkhand (nord-est), qui connaît de fortes violences interconfessionnelles, se révèle particulièrement meurtrier. Parfois tués à bout portant ou même brûlés vifs, les journalistes y sont fréquemment l’objet de harcèlement et d’intimidations par la police, les responsables politiques, l’administration ou des gangs criminels. En 2015, l’Union était le pays d’Asie où le plus grand nombre de reporters était assassiné. L’Inde se classait ainsi en 133e position sur 180 dans le classement de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières.

Le 2 janvier, le corps sans vie d’Hari Prakash a été retrouvé le long de la route dans l’état de Jharkhand. Probablement kidnappé avant d’être tué. Le 3 janvier, dans le Bihar, des assaillants non identifiés ont tiré sur Brajesh Kumar Singh, 28 ans, faisant du journaliste la troisième victime en un an dans cette province. Dans le Madhya Pradesh (centre), Shyam Sharma, 40 ans, était au volant de sa voiture quand deux motards lui ont demandé de s’arrêter avant de l’égorger.

Lois abusives

En Inde, depuis l’arrivée au pouvoir du premier ministre Narendra Modi (BJP, Parti du peuple indien) en 2014, les nationalistes hindous s’adonnent à « de véritables purges de toute pensée ‘anti-nationale’ », note Reporters sans frontières. L’organisation souligne en outre que les campagnes de dénigrement en ligne et les menaces sont de plus en plus courantes. Enfin, la perspective de peines de prison pour les journalistes coupables de « sédition » a généralisé les pratiques d’autocensure. Le code pénal définit en effet la sédition comme un acte ou une tentative d’« apporter la haine ou le mépris ou à provoquer le mécontentement à l’égard du gouvernement ». De nombreuses organisations, telle que Human Rights watch (HRW) demande l’abrogation de ces dispositions. « Les lois abusives en vigueur en Inde sont la marque d’une société répressive, pas d’une démocratie dynamique », explique Meenakshi Ganguly, directrice de recherches sur l’Asie du Sud à Human Rights Watch. Enfin, la couverture de la zone conflictuelle du Cachemire reste extrêmement difficile. Aucune protection n’est mise en place pour les journalistes. Pire, les reporters sont régulièrement victimes de violences des forces militaires indiennes.

De l’autre côté de la frontière, au Pakistan, les journalistes sont surtout la cible des groupes extrémistes religieux et des tout-puissants services de renseignement. Le harcèlement de la part des autorités et représentants politiques est également constant. Au Bangladesh, les blogueurs finissent régulièrement en prison. Cette année, Abdul Hakim Shimul a été tué par balles dans la localité de Sirajganj alors qu’il couvrait le conflit entre deux factions rivales de l’Awami League, le parti laïque au pouvoir.

Lina Sankari

Humanite.fr
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