Le racisme, phénomène ondoyant et divers Quelques réflexions pour ouvrir le débat

, par Guy Langloy

L’élection de Barack Hussein Obama à la présidence des USA le 4 novembre 2008 a secoué le monde. Pour la première fois dans l’histoire de l’Occident, un Noir prêtera serment le 20 janvier 2009 et sera officiellement le Président d’une nation qui, il y a à peine 40 ans, avait encore une politique de ségrégation proche de l’apartheid sud-africain.

Les progressistes ont applaudi aux USA comme en Europe. La conscience collective des nations qui s’adonnèrent à la traite est désormais lavée, les stigmates de quatre siècles d’esclavage ont été balayés en une seule nuit, une "nuit du 4 août" qui aurait aboli tous les privilèges. Or, le sont-ils vraiment ?

Au risque d’être traité de provocateur, je dirai pour commencer que Barack Hussein Obama n’est pas un Noir Etatsunisien. Voilà, je l’ai dit. La bombe est lancée. Car né à Hawaï d’un père kénian et d’une citoyenne de race blanche, il est certainement Etatsunien mulâtre et donc noir de peau, mais pas Noir Etatsunisien. On me reprochera d’ergoter. Ce n’est nullement mon intention. Pourtant il est important de souligner ce distingo et de reconnaître un non-dit même si celui-ci a été escamoté, pour des raisons de "solidarité raciale" entre autres, par l’électorat noir des USA.

Si j’ai dit qu’Obama n’est pas un Noir Etatsunisien, c’est parce qu’il n’a pas "à son crédit" des ancêtres esclaves. Il est né dans un environnement multi-ethnique, multi-culturel et fortement métissé où les distinctions de couleur sont moins apparentes que sur le continent. Elevé par sa grand-mère maternelle, il a grandi dans un milieu petit-bourgeois relativement aisé. Plus tard, en Indonésie avec sa mère, il était comme elle un "Américain" de passage.

De retour aux USA, il fit des études universitaires (Harvard Law School) et devint Sénateur de l’Etat de l’Illinois. Une brillante carrière certes, mais non exceptionnelle si nous considérons celle de sa femme Michelle qui lui est identique ou celle des membres du Black Caucus du Congrès pour ne citer que ces deux cas.

J’admets cependant qu’en tant que Noir, considéré comme tel car vu comme tel par le regard des autres, il a certainement ressenti la discrimination imposée à tous les Noirs. Cette prise de conscience fut renforçée par son travail d’organisateur au sein des communautés pauvres. Mais cette conscience de classe et cette conscience raciale sont nées de l’observation de la condition des autres car il n’a jamais personnellement connu les vicissitudes de la vie dans les ghettos de Chicago.

Son élection au plus haut poste des USA est certainement un événement historique universellement célébré. Son slogan "Yes we can" est une inspiration pour beaucoup d’entre nous et montre bien un désir de changement véritable dans toutes les nations évoluées. Pourtant, l’empêcheur de danser en rond que je suis, se pose la question suivante :

Aurait-on élu un descendant d’esclaves en 2008 ?

Je ne pense pas que la question soit rhétorique. Il y a eu et il y a encore aujourd’hui des Noirs tout aussi capables qu’Obama, des Noirs dont le pedigree politique est aussi prestigieux sinon plus étoffé que le sien, des Noirs dont le nom bien anglo-saxon ne détone pas, des Noirs enfin dont le teint est encore plus clair que le sien.

Malheureusement, ceux-là sont "suspects" aux yeux de la majorité des Blancs. Suspects parce qu’on assume qu’ils nourrissent une profonde rancune envers la société dominante, suspects parce qu’on s’attend à ce qu’ils jouent la "carte noire", suspects parce qu’ils favoriseront la cause des Noirs aux dépens des Blancs. suspects enfin parce qu’ils bouleverseront "l’ordre établi".

Conscient de sa "différence", Barack Obama tout au long de sa campagne s’est abstenu de toute allusion à la "question noire". Il ne sera la champion d’aucun groupe mais le champion d’un changement pour tous. Son charisme séduit les foules. Son sourire désarme ceux qui doutent encore. Avec lui, l’électorat se sent en confiance. On s’identifie à sa cause et on en arrive même à oublier la couleur de sa peau. En d’autres termes, il ne fait pas peur. Il n’est pas comme "les autres Noirs".

Vous souvenez-vous du film "Guess who is coming for dinner ?" Spencer Tracy et Catherine Hepburn y jouent le rôle de parents progressistes dont la fille a invité un Noir, Sydney Poitier, à dîner. Le Noir en question est éduqué, intelligent et charmant. Il serait un bon parti s’il était Blanc. Mais, il ne l’est pas, et les parents pourtant anti-racistes, sont confrontés à un dilemne douloureux. Que feraient-ils si leur fille s’avisait à l’épouser ? Lui conseilleraient-ils de réfléchir aux conséquences funestes et, par là même, trahir leur idéal humaniste ? Auront-ils le courage d’accepter l’impossible ?

Car ce Noir des USA qui a assimilé deux cultures, deux mentalités, la sienne et celle de la société dominante, qui a une connaissance intime du "système", qui toute sa vie a manoeuvré et survécu malgré les interdits d’une société ségrégationiste, ce Noir dont le seul regard provoque chez le Blanc un sentiment de culpabilité, est un être qui dérange. D’un seul coup, le confort moral, la bonne conscience et l’innocence du bien-pensant s’effrite. Celui-ci est pourtant un ardent défenseur de la cause des Noirs, mais ces Noirs pour qui il revendique l’émancipation n’ont été jusqu’ici qu’une abstraction dont il s’accommodait bien. Mais quand cette abstraction devient réalité physique, se transforme en un être de chair et de sang, il est perdu Il vacille soudain.

J’ai connu un père dans la situation de Spencer Tracy qui m’a confié son soulagement quand il apprit que le Noir que sa fille fréquentait était Jamaïcain. " Il est poli, gentil et issu d’une très bonne famille. Et si ma fille l’épousait, il la ramènerait à la Jamaïque de toutes façon..." Ni vu ni connu.

Ce père est le type même du Blanc évolué. La présence de ce Noir Jamaïcain ne le dérange pas. C’est un étudiant étranger venu s’abreuver de culture nord-américaine, un jeune homme de bonne famille (poli et gentil), un Noir qui n’a aucun grief contre ce père qui lui prouve que tous les Yankees ne sont pas racistes comme on le croit. Et ce père qui le reçoit dans son foyer a bonne conscience : il n’est pas raciste. Tout le monde y gagne.

Cet exemple est bien bénin. Il m’a servi à illustrer l’embarras des Blancs évolués, des bien-pensants. Or, il s’agit là d’une minorité. La majorité des Blancs est restée passivement raciste en ce sens qu’ils savent qu’il n’est plus acceptable d’arborer les vues de la génération précédente, de raconter des blagues qui insultent les minorités ou d’utiliser des termes que la société réprouve aujourd’hui. Mais les stéréotypes sont bien ancrés dans leur inconscient, et ils se manifestent par la peur. Cette peur, ce sont les sociétés semi-secrètes pour la défense des Blancs qui la transformeront en violence. Depuis le 4 novembre 2008, le FBI a rapporté une recrudescence des crimes motivés par la haine. Autre indice inquiétant : les armuriers ont joui d’une hausse des ventes d’armes d’assaut. L’élection de Barack Obama a certainement provoqué un grand enthousiasme dans beaucoup de milieux mais aussi de la peur et du ressentiment dans d’autres couches sociales violemment réactionnaires.

Compte tenu de toutes les formes de racisme vieux de quatre siècles, il est douteux qu’en quatre ans Barack Obama puisse résoudre le "problème noir" et les autres questions raciales.

Réussira-t-il à unir une société devenue muti-ethnique, à balayer tous les vestiges de la ségrégation, à apaiser la peur des nantis, à neutraliser les forces réactionnaires ouvertement racistes, pour ne mentionner que ces problèmes de politique nationale ?

L’explosion de joie aux USA et dans le monde progressiste sera-t-elle récompensée par des progrès sociaux durables ? Les nations démocratiques, celles de l’Europe en particulier, suivront-elles ce bel exemple ? Y aura-t-il un "effet de débordement" favorable à toutes les minorités ethniques ? Telles sont les questions que je me pose.

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Eurasien franco-vietnamien, l’élection d’Obama a soulevé par ailleurs d’autres questions sur la nature ondoyante et diverse du racisme. Bornons-nous aux situations nord-américaines et européennes.

Il est admis de penser que le racisme est fonction de la couleur épidermique. Plus le teint est foncé, plus vive sera la discrimination. Les Noirs seront donc les premières victimes. Puis viennent les Hispaniques et enfin les Asiates. Cependant, ce schéma simple d’apparence est en réalité plus compliqué, surtout en ce qui concerne les Noirs car des nuances savantes sont apparues au cours des quatre derniers siècles.

Il y a en effet "Noir"et "Noir". Par exemple, bien que la "one drop theory" (une seule goutte suffit) décrète qu’est Noire toute personne ayant du sang africain (que celle-ci soit mulâtre, quarteronne ou même octavonne), la discrimination ne s’appliquera pas "à l’aveuglette". Elle sera nuancée et proportionnelle au degré de pigmentaion. Il en résulte que les individus au teint le plus foncé et aux traits les plus "négroïdes" en seront les premières victimes surtout s’ils sont issus de milieux défavorisés.

(Nous laisserons de côté le phénomène d’ascension sociale que Frantz Fanon nomma si justement "lactification", pratique répandue chez les mulâtres des USA et des Antilles, ainsi que la situation économique de ceux-ci avant et après l’abolition de l’esclavage, cette question ne faisant pas partie de mon propos.)

Or, bien que victimes de la répression, de l’oppression et de la discrimination la plus cruelle depuis l’arrivée du premier bateau négrier, les Noirs Etatsunisiens ont toujours fait preuve d’un patriotisme exemplaire. "Américains" irréprochables, ils l’ont prouvé sur tous les champs de bataille, de la Guerre de Sécession à celles de l’Afganistan et de l’Irak. Et la nation reconnaissante a récompensé cette loyauté en leur donnant des noms prestigieux tels que Washington, Jackson ou Jefferson, et surtout en reconnaissant de façon indiscutable leur qualité d’"Américains" même si, il n’y a pas longtemps, beaucoup d’établissement publics leur étaient interdits. Donc "Américain" ils le sont et avec fierté. Ceci constitue le premier paradoxe.

Comparons à présent le sort des Hispaniques et des Asiates. Chez les premiers, il faut distinguer 1) les Chicanos dont les ancêtres furent les premiers "occupants" du sud-ouest du territoire et qui, à la faveur du Traité de Guadalupe, restèrent dans les Etats annexés lors de la guerre de conquête menée contre le Mexique, 2) les Mexicains établis depuis plusieurs générations, et 3) les nouveaux émigrés de l’Amérique Latine.

Chez les seconds, il faut également distinguer 1) ceux dont les ancêtres chinois furent les premiers "coolies" importés lors de la construction de la voie ferrée intercontinentale, 2) ceux qui arrivèrent par le truchement des plantations d’Hawaï (Chinois, Japonais et Philippins), et 3) les émigrés récents de Chine, de Corée et d’Indochine. Nous ne parlerons pas des immigrants de l’Inde à cause de leur nombre relativement réduit.

Nous comprenons donc que l’implantation des Hispaniques et des Asiates ne date pas d’hier mais souvent de plus d’un siècle. Or, même un Asiate de la 4è génération (ou son homologue Hispanique) ne jouira pas du statut d’un Noir : il ne sera pas "Américain" mais vu et considéré comme "alien", "wetback" (encore mouillé par la traversée clandestine du Rio Grande) ou "boat people" nouvellement débarqué.

(N’oublions pas l’internement massif des Japonais, tous citoyens US, au lendemain de l’attaque de Pearl Harbor en 1942 alors que les immigrants Allemands —ou Italiens— et leurs descendants n’ont connu aucun sévice.)

Comment expliquer ce second paradoxe ?

Est-ce parce que l’arrivée des premiers Africains précède celle des Hispaniques et des Asiates de trois siècles ? Est-ce dire que d’ici 100 ou 200 ans ces derniers seront jugés dignes d’être "Américains" ?

Est-ce parce qu’à l’encontre des Noirs, ils ne sont pas aussi "visibles" n’ayant pas de personnalités sportives, politiques ou artistiques, leurs seuls "héros" étant les Bruce Lee, Jackie Chang et Jet Li tous importés de Chine ou les vedettes de salsa souvent importées elles aussi ?

Est-ce parce qu’ils vivent en vase clos dans leurs "barrios" ou quartiers dits chinois, et restent farouchement attachés à leur culture ?

(Nous ne parlerons pas des Amérindiens, la minorité quasi invisible des USA. Bien que refoulés au plus bas échelon de

l’échelle sociale, les rescapés du génocide sont bel et bien

"Américains", seule qualité que l’Oncle Sam ait daigné leur accorder.)

La situation du racisme en France est sensiblement la même. Les Noirs plus "visibles" que les Asiates, quoiqu’encore citoyens de 2è classe dans une certaine mesure, sont Français et reconnus comme tels par la majorité. Un cynique m’a même confié à propos de l’équipe de France de football : "tant que les Malouda, Makelele, Henry et compagnie marquent des buts, ils sont Français !"

Par contre, comme leurs homologues des USA, les Asiates de France ne sont pas encore considérés Français à part entière quelle que soit leur éducation et leur milieu social. Nous pouvons donc à leur sujet nous poser les questions ci-dessus.

En conclusion, je dirai que la nature louvoyante et diverse du racisme est un phénomène difficile à cerner. Réflexe de peur irrationnelle (je ne parle que de son impact sur la mentalité collective et non de ses bases économiques et politiques) il défie par définition la logique. Il en résulte que son examen soulève davantage de questions que de réponses.

Néanmoins, mon propos a été de poser les bases d’une franche discussion sur un sujet d’importance capitale pour l’avenir de l’Amérique du nord et de l’Europe, sujet épineux qui exige que nous en parlions sans peur, sans rancune ni culpabilité, afin d’atteindre à ce rêve de "paix sociale" cher à tous les humanistes.

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Addendum :

"Voulez-vous un autre paradoxe ?" dirait le bon Diderot.

Aux USA, Barack Hussein Obama est le premier Président Noir dont le nom n’est pas de consonnance anglo-saxonne. En France, Nicolas Sarkosy est le premier Président dont le nom n’est pas de consonnance française. Deux ressortissants de la première génération. Deux noms "à coucher dehors".

La différence est que Nicolas Sarkosy est Blanc.

Où est le paradoxe ? me diriez-vous. Vous ne le voyez pas ? Je m’en doutais parce qu’il ne vous concerne pas. Mais moi, parce qu’il me concerne, il me crève les yeux :

Eurasien portant un nom bien français et Français de "souche" par mon père, mon grand-père, mon arrière grand-père et tous mes ancêtres gaulois, je ne suis toujours pas Français à part entière alors que lui, Sarko l’Amerlo, l’a été dès sa naissance.

P.S. Mais consolons-nous et ne nous frappons pas la coulpe inutilement. Vous ne voyez pas que la France se libéralise, s’européanise et s’internationalise ? La preuve ? Mais voyons, la Première Dame de France est Italienne !

Addendum No 2 :

Voulez-vous un autre paradoxe ?

Si les Noirs des USA ne sont plus de purs Africains, c’est parce que, nous le savons, le viol des esclaves à bord des négriers était une pratique courante, un rituel destiné à amuser les matelots durant la longue traversée de l’Atlantique. (Lire ou relire le beau roman de Simone Schwartz-Bart intitulé "La mulâtresse Solitude".)
Ce rituel continua sur les plantations (version esclavagiste des amours ancillaires) et jusqu’à l’émancipation des années 50, le Sud (avec un S majuscule) tenant particulièrement à son passé historique et "culturel". Il est donc permis de penser qu’aujourd’hui, après quatre siècles d’esclavage, les Noirs (je parle des descendants d’esclaves et non les récents immigrants d’Afrique), sont tous à différents degrés des mulâtres (moitié-moitié, quarterons, octavons, etc. rappelons-nous la théorie dite "de la seule goutte") issus des relations sexuelles entre hommes blancs et femmes noires.

Mais dès les dernières décennies du XXè siècle et particulièrement dans les Etats du nord, nous assistons à un phénomène nouveau. Parce que les couples dits "muti-racials" ont proliféré (ils ne sont plus illégaux) et que la "political correctness" exige une classification raciale plus précise (mais qui n’efface pas dans la conscience collective la "théorie de la seule goutte"), les bureaux de recensement ont créé un néologisme, "bi-racial", pour désigner les enfants issus de ces couples, terme inexact car, nous l’avons vu, tous les Noirs des USA sont métissés donc déjà "bi-racial".

Mais n’arguons pas sur le choix de ce terme et reconnaissons un changement de mentalité dans la société dominante qui veut reconnaître aux mulâtres un statut racial particulier. Au lieu d’être "African Americans" ils sont désormais "bi-racials". Ceci est certainement dû à la pratique de la "political correctness" chère aux "libéraux" mais aussi à la visibilité des couples inter-raciaux noirs/blancs.

L’examen de ces couples révèle un phénomène frappant. Aux temps de l’esclavage et de la ségrégation, l’enfant mulâtre était issu d’un père blanc généralement inconnu au sens légal et d’une mère noire. Dans les années 50, lors du mouvement pour les droits civiques, des unions inter-raciales issues de la campagne politique ont eu lieu dans les Etats du nord, et on assista à de fréquents mariages entre Blancs et Noirs dans des proportions égales en ce qui concerne le sexe des conjoints.

Aujourd’hui, après 40 ans d’émancipation, cette proportion a changé : généralement le père est Noir et la mère Blanche, et c’est peut-être cette particularité qui a (consciemment ou inconsciemment) conduit les autorités à créer le néologisme "bi-racial" en vigueur aujourd’hui. Quoiqu’il en soit, la "bi-racialité" est une catégorie aujourd’hui officielle.

Comment expliquer l’apparition de ce couple inter-racial devenu typique ?

Y a-t-il carence de femmes noires ? Certainement pas car, à cause du taux élévé d’homicides, de détention carcérale et d’engagement dans les forces armées, les hommes noirs sont devenus une minorité dans leur propre milieu. Un Noir aurait aujourd’hui l’embarras du choix, les femmes noires étant en surnombre. Mais pourquoi l’homme préfèrera-t-il porter son dévolu sur une Blanche. Par auto-phobie ? Non. "Black is beautiful" depuis les annés 50. Par désir de promotion sociale ? Non plus car la femme blanche est généralement issue d’un milieu modeste. Par désir de lactification ? Je ne pense pas.

Les psychologues pourront gloser à l’infini sur ce sujet et leur contribution sera certainement positive, mais il y a une raison que tout le monde (Blancs et Noirs) suspecte mais que persone n’ose dire à cause de la "political correctness". Cette raison, je vais la dire au risque d’être mis au pilori par les bien-pensants. Mais auparavant, que l’on me permette de m’expliquer : il n’y a aucune malice dans mon intention, seulement la reconnaissance d’un fait observable, triste résultante non pas d’une tare congénitale chez le Noir mais de l’expérience vécue de tous les colonisés. (Voir "Portrait du colonisé" d’Albert Memmi.) Son choix s’explique par l’instinct de survie.

Car la femme noire désertée par son père (Noir ou Blanc) élevée par sa mère, dure au travail et responsable de la maisonnée depuis son plus jeune âge, n’accepterait pas le machisme misogyne et parasitaire ni la propension à la délinquence d’un Noir. Elle le connaît intimement et sait ce qui l’attend. Le Noir sait aussi qu’elle sait, et que ses boniments ne serviront à rien. (C’est une "bitch" / chienne, terme favori des rappers pour désigner toute femme.)

Par contre, la femme blanche est crédule. Il y a d’autres facteurs : un désir d’exotisme, de révolte, d’exorcisme même. Car en tant que Blanche, elle appartient à la race d’oppression et souffre d’un complexe de culpabilité. Par ailleurs en tant que femme issue d’un milieu souvent très modeste, elle a aussi un complexe d’infériorité. Elle sera donc consentante.

Comment un Noir rencontre-t-il une Blanche ?

C’est devenu très simple. Il n’y a plus de ségrégation officielle. Tous les lieux publics sont ouverts à tout le monde, les bars, les discos, les clubs, etc. Et, avec l’évolution de la mentalité (et des lois), nul Blanc n’oserait ouvertement protester. Donc, il est possible pour un Noir de naviguer dans le monde des Blancs. Et une Noire ? Pourquoi ne fréquenterait-elle pas aussi les établissements jusqu’ici réservés aux Blancs ? Elle en a tous les droits. Pourtant elles y sont invisibles. Les raisons sont multiples : Les Noirs le verraient d’un mauvais oeil, (les discos et les bars sont leur chasse gardée), elles ont des responsabilités professionnelles, familiales et financières. Et elles n’ont pas, comme leurs frères accès aux "Colleges" grâce aux bourses accordées aux sportifs. (Les rares Noirs qui vont à l’université ont généralement des "bourses sportives" alors que leurs soeurs —plus rares encore— ont des bourses académiques.) Quoiqu’il en soit, seul l’homme noir est visible dans les lieux publics fréquentés par la majorité blanche.

Comment un Blanc rencontre-t-il une Noire ?

Sauf dans les grands centres urbains où ces rencontres sont relativement moins difficiles, le Blanc se trouve dans une situation quasiment impossible. La cause ? " La ségrégation à rebours". Car si les Noirs peuvent évoluer en milieu blanc, nul Blanc n’oserait s’aventurer dans les quartiers noirs. Ces lieux lui sont interdits par la peur. Et compte tenu du fait que la femme noire est invisible, il n’aura pas l’occasion de la rencontrer à l’école, à l’université ou sur les lieux du travail.

Voilà un nouveau paradoxe made in USA. La ségrégation existe bel et bien, à la différence que ce sont les quartiers noirs (et les femmes noires) qui sont interdits aux Blancs alors que les quartiers blancs(et les femmes blanches) sont ouverts aux Noirs. Telle est l’étrange nature de la question raciale.

J’espère que l’Europe n’est pas encore tombée dans ce nouvel apartheid qui prouve malheureusement que les relations sociales inter-raciales souhaitables dans toute société sont encore aux USA une quasi-impossibilité.

P.S. Comment est-ce que les hommes blancs réagissent quand ils voient dans les rues un Noir et une Blanche mais très rarement l’inverse ? Il sourit. Mais pourquoi ? L’un d’eux, sarcastique m’a confié ceci :
"Ça ne me gêne pas parce que ces Noirs ne nous prennent pas nos plus jolies femmes mais les plus laides !"
En effet, autre stéréotype : ces femmes blanches sont souvent obèses et mal fagotées.