Le Compromis de 1876, origine de l’institution du racisme aux Etats-Unis.

, par Guy Levilain

Le Compromis de 1876 – un secret bien gardé de l’histoire des Etats-Unis – mérite d’être connu de tous ceux qui aujourd’hui combattent le racisme.
Le texte qui suit est extrait de La Mémé, suivi de Réflexions sur la question métisse, roman historique de Guy Levilain. Cet ouvrage est le dernier tome d’une trilogie consacrée aux problèmes humains de l’Indochine coloniale. Il paraîtra bientôt aux éditions Edilivre.

– Selon moi, intervint Roger… pour comprendre le racisme tel qu’il se manifeste aujourd’hui aux Etats-Unis, il faut savoir qu’il n’est pas l’acte isolé d’un dévoyé ou d’un malade mental, mais la manifestation d’un mal profond ancré depuis longtemps dans les institutions et les mentalités. Ce mal, c’est trois siècles d’esclavage avec ses lois et ses coutumes, en un mot une culture nord-américaine que l’abolition n’a pas changée.
« Ainsi, compte tenu de son origine historique, le racisme dont nous parlons résulte d’une situation singulière parce que coloniale. Je m’explique. L’esclavage aux Etats-Unis avait créé des enclaves – les plantations du sud – où la population noire était majoritaire. Ces colonies internes étaient dans une situation comparable à celle des possessions européennes d’Afrique. Comme elles, cette disproportion démographique exigeait des mesures d’exception, c’est-à-dire un état policier assez brutal pour tenir en respect la masse des « indigènes. » Nous sommes donc en présence d’une situation coloniale greffée sur le territoire national.
« Quand le Nord gagna la Guerre de sécession et abolit l’esclavage en 1865, les Blancs du sud manœuvrèrent pour maintenir une législation favorable à leurs intérêts, et y réussirent. Le Compromis de 1876, autre sombre chapitre de l’histoire des Etats-Unis sur lequel je ne m’étendrai pas, permit aux Etats du sud d’échapper au contrôle fédéral de Washington. Ayant regagné leur autonomie, ceux-ci restaurèrent l’esclavage en promulguant le Black Code qui légalise encore aujourd’hui la ségrégation dans le Deep South.

« Bref, phénomène colonial né et entretenu sur le territoire national, les préjugés raciaux que nous rencontrons au XXème siècle ne sont pas les séquelles d’une ancienne pratique, mais la manifestation d’une même politique raciale qui survécut et s’adapta aux conditions du jour. D’où le maintien de la ségrégation dans les bases américaines que nous avons ici, en Gironde. Vous ne le saviez pas ? Eh bien, je vous l’apprends ! »

Notes :
– Le Compromis de 1876 est un accord non écrit qui régla un contentieux électoral à l’occasion des présidentielles de 1876. En résumé : Samuel J. Tilden, candidat malheureux soutenu par le sud esclavagiste, exigea qu’il ne reconnaîtrait sa défaite qu’à condition que le gouvernement fédéral retire ses troupes des Etats du sud, redonnant à ceux-ci leur autonomie. Sa demande fut agréée, la ségrégation raciale fut remise en place et s’est maintenue jusqu’en 1965 avec le Black Code et les lois dites Jim Crow. Ce Compromis prouve bien, s’il en est besoin, que l’abolition de l’esclavage n’était pas le véritable enjeu de la Guerre de sécession.
– Le terme « Jim Crow » a pour origine une chanson et une danse, « Jump Jim Crow », qui caricaturait en 1838 les Noirs. « Jim Crow » devint synonyme de « Negro ». Le verbe « jump » a un double sens. Il signifie « sauter » mais aussi « agresser ».