L’Humanité

Jean Métellus. Le chantre du pays haut et montagneux... www.humanite.fr

Celui qui, poussé à l’exil par Duvalier, n’a jamais cessé d’entendre le pipirite, l’oiseau d’Haïti, s’est éteint samedi 4 janvier 2014, à Paris. Ses obsèques auront lieu le 11 janvier au crématorium du Père-Lachaise.

Jean Métellus, né à Jacmel le 30 avril 1937, médecin neurolinguiste de réputation internationale, écrivait des poèmes pour célébrer sa terre et ses ancêtres, et rappeler que «  le régime de Papa Doc, ce n’est pas le plus important. L’important, c’est de se souvenir qu’Haïti est la première île qui a aboli l’esclavage, grâce à deux Noirs : Toussaint Louverture et son adjoint Dessalines. L’île s’appelait alors Saint-Domingue. Le 1er janvier 1804, Dessalines lui a redonné son nom d’origine, Ayti, qui signifie “pays haut et montagneux”. On doit se souvenir de cette grande leçon, surtout aujourd’hui, dans notre société malade de racisme et de préjugés  ». À vingt ans, le jeune homme est professeur de mathématiques et de sciences naturelles dans sa ville natale. Duvalier prend le pouvoir. L’enseignant, responsable syndical, est menacé : «  Un jour de plus et j’étais emprisonné. Mes amis sont morts. En tant que professeur suppléant, comme on disait à l’époque en Haïti, j’avais la possibilité de voyager et de poursuivre mes études.  » Il débarque à Paris en 1959 avec 75 dollars en poche. Il entreprend des études de médecine, se spécialise en neurologie, et complète sa formation par un doctorat en linguistique à la Sorbonne nouvelle, afin d’avoir l’approche thérapeutique la plus riche possible. Car «  l’homme, c’est le corps et l’esprit ensemble, et c’est aussi la société dans laquelle il vit  ».

Tout jeune stagiaire à l’hôpital, il se souvient, le 18 octobre 1961, avoir vu arriver les blessés algériens «  et les policiers qui venaient les rechercher  ». Un autre stagiaire en blouse blanche est à ses côtés ce jour-là : Claude Mouchard, qui sera lui aussi poète et écrivain et préfacera plusieurs recueils de son ami. Les jeunes gens fréquentent le milieu littéraire de leur génération, «  ce qui m’a peut-être encouragé à écrire  », confie-t-il. À trente ans, il écrit ses premiers poèmes, dans un état «  de somnambulisme  ». Immédiatement remarqué et soutenu par Maurice Nadeau, il publie le recueil Au pipirite chantant, qui l’impose aussitôt comme un immense poète. Suivront une trentaine d’ouvrages, des recueils, mais aussi des romans, des pièces de théâtre et des essais. On lui doit également un livre de vulgarisation, Vive la dyslexie !, coécrit avec Béatrice Sauvageot, qui présente une approche nouvelle et des méthodes de rééducation. Ses poètes préférés étaient Lamartine, Péguy, Saint-John Perse, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor. Son écriture généreuse, métaphorique, littéraire, tout en étant simple et accessible à tous, se reconnaît à sa parole qui se lève avec le vent, pour que l’oiseau d’Haïti qui accompagne l’aurore ne nous quitte pas.

Françoise Siri

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