L’Humanité

Haïti : l’épidémie 
de choléra attise 
les tensions

, par Cathy Ceïbe

Des heurts meurtriers ont opposé des soldats de l’ONU à la population. À ce jour, le choléra a tué plus de 1000 personnes.

Deux morts, une quinzaine de blessés par balles, un commissariat incendié, des écoles fermées... Au Cap-Haïtien, dans l’extrême nord d’Haïti, de violents heurts ont opposé, lundi soir, des casques bleus de la mission des Nations unies en Haïti (Minustah) et un demi-millier de personnes. L’épidémie de choléra qui sévit dans le pays depuis un mois et les rumeurs selon lesquelles les soldats népalais seraient à l’origine de la maladie ont provoqué cette poussée de violence. À Hinche, dans le centre du pays, l’armée népalaise, prise à partie, a reçu des jets de pierres, accusée d’être responsable des morts enregistrées dans la région après le déversement des fosses septiques de son camp. Boucs émissaires d’un mal endémique, les Népalais payent également l’impopularité de la Minustah, perçue ici par une partie de la population comme une armée d’occupation.

Selon un dernier bilan, l’épidémie, qui a gagné Port-au-Prince, la capitale, a déjà fait plus de 1000 morts. Et les prévisions des Nations unies selon lesquelles la maladie pourrait «  durer des années  » sont alarmantes. En outre, l’agence fait état de près de 15 000 hospitalisations. «  Il y a une accélération très préoccupante de l’épidémie », constate Rony Brauman, responsable de Médecins sans frontières. Mais, nuance-t-il, «  les projections sont hasardeuses car nous n’avons pas de modèle solide sur l’expansion d’un choléra en milieu ouvert, comme c’est le cas en Haïti  ». Et le professionnel d’insister : «  Il faut augmenter les dispositifs de prise en charge des patients.  »

Pour l’heure, l’attention médicale reste insuffisante au regard des besoins qui sont criants. Depuis le séisme du 12 janvier, qui a fait au moins de 230 000 morts et plus de 300 000 blessés, 1,5 million de personnes déplacées, ou sans abri, survivent dans des conditions très précaires.

Pour pallier cette nouvelle catastrophe, l’ONU a lancé un appel à un fonds d’urgence de 120 millions d’euros. Mais si ces dons sont «  bienvenus  », précise Rony Brauman, «  ils ne transforment pas si facilement en soutien médical spécialisé  ». «  Or, si l’on croit les bénévoles de MSF sur place, il y a très peu d’acteurs médicaux des secours d’urgence, poursuit-il, les structures mises en place au lendemain du tremblement de terre s’étant volatilisées.  »

L’épidémie, aggravée par les pluies torrentielles qui se sont abattues après le passage de l’ouragan Tomas et du fait du tremblement de terre, met à nu des inégalités sociales criantes. D’où la montée de tensions, et des manipulations en tout genre à la veille des élections générales qui auront lieu le 28 novembre. À la suite des incidents qui ont eu lieu au Cap-Haïtien, la Minustah a exhorté «  la population à rester vigilante et à ne pas se laisser manipuler par les ennemis de la stabilité et de la démocratie dans le pays  ». Il n’empêche, les conditions d’un scrutin transparent font défaut. «  Pour penser des élections démocratiques, il faut d’abord une information de base en direction de la population sur l’ensemble des enjeux prioritaires et sur la position de l’ensemble des différents partis sur ces mêmes enjeux  », explique Marc Maesschalck, professeur de philosophie et coauteur d’un ouvrage sur la transition politique en Haïti. «  Or, dans le contexte actuel, la population est d’abord préoccupée par sa survie sous les tentes, l’inflation, et aujourd’hui, par l’épidémie de choléra », insiste-t-il. Les dix-neuf candidats à la présidence ont repris à leur compte la bannière de la «  reconstruction  » du pays et, épidémie oblige, s’activent sur le terrain pour démontrer à une population livrée à elle-même qu’ils sont bien présents. Pourtant, «  ces candidats n’ont pas de lien organique avec la réalité sociale et politique, estime l’universitaire. Leurs programmes sont standardisés, juste valables pour les interlocuteurs internationaux. L’enjeu est la manne céleste de l’argent pour qui parviendra à prendre le pouvoir  ».

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