Colloque international Frantz Fanon Martinique Décembre 2011

Frantz Fanon : un produit de haute nécessité….. ?

, par Serge Guichard

Après les intervenants entendus depuis trois jours, je dois me situer.
Ni universitaire, ni médecin, ni psychologue ou anthropologue, je ne veux prétendre à aucune compétence savante et me garderai bien de m’avancer sur ces chemins pour m’en tenir à parler de mes questionnements issus de mes activités militantes, associatives et politiques.

Pour moi, Fanon, dont j’ai rencontré les écrits grâce à un ami Sénégalais, s’est présenté comme un souffle d’air, apportant des réponses à des questions que mon activité militante, avec des sans-papiers, contre le racisme et les exclusions, ainsi que les débats auxquels j’avais participé, à l’occasion d’une proposition de loi pour la reconnaissance de l’esclavage, de la traite négrière m’avaient suscités.

Mais voila ce souffle d’air ne s’est pas présenté comme un souffle apaisant, bien au contraire. C’est un souffle d’air dérangeant, un souffle d’air générateur de tant de mises en causes, de remises en causes, de tant de questions que je n’aurais imaginé sans cette rencontre avec Fanon, tant de questions qui pourraient en être paralysantes s’il n’était cette interpellation qui se présente comme une entrée en matière et une conclusion fondamentale : il faut « prendre le chemin de l’Homme ».

C’est de cela que je veux témoigner c’est ce point de parcours, dans un chemin de de nouvelles errances et de nouvelles certitudes, que je veux évoquer et dire combien il me semble nécessaire de lire, de faire lire Fanon aux amis, aux militants, à toutes celles et tous ceux qui ambitionnent d’agir pour sortir des dominations, de toutes les dominations et donc de ces siècles de règne de l’argent et de l’exploitation, de ce carcan écrasant, mutilant, de la finance.

Je le fais de mon point de vue de militant qui croit que la révolution est encore à l’ordre du jour, qui puise plus que jamais, dans la situation actuelle, des raisons de combattre, face à la crise, face au système d’exploitation, face au développement des précarités, de la misère, face aux politiques sécuritaires, guerrières. Un militant qui, plus que jamais s’interroge sur les possibilités de convergences de luttes communes, de rassemblements offensifs. Un militant qui pense que tout projet d’émancipation nécessite de s’engager sur des chemins de traverse dans une mise en déséquilibre qui appelle, nécessite et oblige la rencontre réelle avec l’autre.

Mon propos n’étant pas ici de développer sur ces politiques j’en reviens à ce que sont pour moi les apports de Fanon. Pour cela, permettez que je vous cite un écrit de fanon qui, souvent, me vient en tête. Il s’agit de la « Lettre à un Français » écrite en 1956.

Outre qu’elle soit écrite comme un poème, ce qui n’est pas sans importance, sans signification, le contenu de cette lettre est étonnant de force, de lucidité, de franchise et d’espoir, d’actualité.

Fanon y interpelle un Français, visiblement de gauche. Un homme, un Français que fanon qualifie comme étant …. « Inquiet de l’Homme, mais singulièrement pas de l’Arabe »

Fanon l’interpelle, avec rage, plein de colère, mais aussi avec douleur et tristesse de devoir prononcer cet acte d’accusation dont il aurait aimé, qu’il serve à un sursaut de conscience, à une prise de conscience.
Il dit cette terrible contradiction « … pas un Européen qui ne se révolte, ne s’indigne, ne s’alarme de tout, sauf du sort fait à l’Arabe. »

« Arabes inaperçus
Arabes ignorés
Arabes passés sous silence
Arabes subtilisés, dissimulés »
« Arabes quotidiennement niés, transformés en décor saharien.
Et toi mêlé à ceux qui n’ont jamais serré la main à un Arabe
Jamais bu le café, jamais parlé du temps qu’il fait à un Arabe. »

Je trouve que ce texte est d’une étonnante lucidité.
Cette interpellation m’a conduit sur des chemins que j’avais ignorés, des chemins qui ont modifié ma conception de l’émancipation, de l’action, de l’universalité.

Des chemins qui font entrevoir ce que Fanon, Césaire, Glissant et tant d’autres intellectuels, militants issus de pays colonisés disent quand ils parlent de chemin neuf, quand Fanon parle de peau neuve.
Car, aujourd’hui, dans mes actions associatives, dans mes activités au sein d’une grande association de solidarité aux familles Roms, je le rencontre fréquemment cet homme de gauche, soucieux de l’Homme mais… pas de l’étranger, encore moins du Rom,
Soucieux du respect des droits fondamentaux… mais beaucoup moins du jeune migrant, célibataire, en centre de rétention.
Soucieux de solidarité internationale… mais il passera à côté du bidonville en fermant les yeux.

Partisan d’égalité, des droits des femmes, il ne regardera pas ces femmes qui vivent une triple peine celle d’être femmes, pauvres, Roms.
Cet Homme de gauche, et je vais mettre de plus en plus de guillemets à « gauche », qui a bonne conscience car il défend l’Homme. Il agit pour l’Homme mais il n’en connait qu’une figure désincarnée, dé-singularisée, il n’en connait que la figure qu’il s’en est faite, que celle qui entre dans son monde, dans ses représentations.

Cet homme de gauche à qui on a envie de demander d’écouter une lecture de Fanon, actualisé, en remplaçant Arabe par Rom, par exemple.
A cet homme de gauche, soucieux de lutter contre les discriminations, mais qui pourra lancer une procédure d’expulsion de familles Roms que la préfecture s’empressera d’éxécuter.

Cet homme de gauche qui condamnera, à juste titre, et nous avec lui, le discours de Sarkozy à Grenoble contre les Roms, mais qui n’aidera en rien à la scolarisation des enfants Roms, « parce qu’ils n’en demandent pas tant »
Cet homme de gauche qui va décider de ne pas faire ramasser les ordures ménagères parce que cela « va coûter les yeux de la tête »
Cet homme de gauche qui condamnera à juste titre les politiques sources de difficulté, de précarité, mais qui jamais n’ira dans le bidonville, dans le squat Roms débattre avec ces familles. Il n’en a pas besoin puisque de toute façon « il les connait »

Pourtant, il les connait si peu qu’il va les qualifier de nomades, eux qui ont un mode de vie sédentaire, il va admettre, sans plus de question, l’inadmissible lieu commun selon lequel la mendicité fait partie de leur culture etc…

Jamais il n’éprouve le besoin d’aller dans le bidonville voir les enfants « marcher pieds nus éprouver en plein hiver la terre, la boue du bidonville » car jamais il n’a imaginé l’effet de cette ségrégation sur les corps et les esprits.

Pas nécessaire même d’aller prendre le café pour s’aviser que l’Europe a mis en place, au sujet des Roms, un véritable apartheid interne à l’Europe, envers des ressortissants européens, en décidant de règles qui aboutissent quasiment à leur interdire de travailler.

Mais, cet homme de gauche fera tout pour ignorer la situation, réelle, pour ne pas voir ces femmes dont le corps plie sous le fardeau des corvées d’eau, du travail quotidien, jusqu’à rejeter les mots nommant la situation. Il refusera de parler de bidonville. Il ne connait que le « campement », ce qui l’autorisera un peu plus à demander l’expulsion car « de toute façon, ils ne sont que de passage, ils poursuivent le voyage » ce qui est totalement faux, hors réalité. Mais ce déni de réalité lui permettra de garder une « bonne conscience de gauche »

Cette même personne n’hésitera d’ailleurs pas à interpréter les voyages réguliers en Roumanie, tous les trois mois, comme autant de preuves que ces « roms sont organisés dans des réseaux mafieux », niant le fait, pourtant connu de lui, en tant qu’élu, que ce sont des règlements votés par ses amis, députés européens, qui obligent les Roumains et les Bulgares à ces va et vient trimestriels.

Quand Sarkozy et son ministre Guéant proclament que tous les enfants Roms sont « des délinquants », mon interlocuteur de gauche trouve le propos outrancier, condamnable, il pétitionnera contre, mais il emploiera au bout du compte les mêmes arguments pour justifier l’expulsion des Roms du bidonville ou du squat, de sa ville. Peut-être faut-il admettre une différence. Mon interlocuteur insistera pour tenter de démontrer que c’est pour le bien des Roms qu’il les expulse. Sa « bonne conscience ne peut tolérer que des gens vivent ainsi dans des bidonvilles insalubres » Cet élu de « gauche » va donc les expulser pour leur bien, dans leur intérêt. Les amis Roms se retrouveront dans la rue avec leurs enfants mais de cela il n’aura cure. Puisqu’il a agi dans leur intérêt sa conscience est sauve.
Et là, au-delà de cette lettre à un Français, je lis dans « Racisme et culture », publié dans « Pour la révolution africaine », en 1956, la manière dont Frantz Fanon cite les colonisateurs qui clament leur « volonté de respecter les cultures », et ajoutent, à propos des autochtones, « je les connais » « ils sont comme cela »…et je me trouve pris de frissons car j’y reconnais ce que j’ai entendu dans tel ou tel bureau de maire, de député-maire, de président PS de conseil général.

Nous entendons en France, en Europe, ces discours, ces hypocrisies et mépris, et pas seulement à propos des Auvergnats !
Alors, je poursuis la lecture de Fanon et me dis qu’il est bien vrai qu’il ne suffit pas d’avoir proclamé la décolonisation pour avoir décolonisé nos esprits.

Avec Fanon, je me dis qu’effectivement, il ne suffit pas de voir ce qui a été fait de l’autre, dans cette longue, très longue histoire humaine qui s’étale sur plus de cinq siècles et va de la déportation des noirs d’Afrique à la colonisation, en passant par l’esclavage.

La question est aussi…. qu’avons-nous fait de nous-mêmes dans cette histoire ? Ne devons-nous pas prendre conscience que nous devons décoloniser nos esprits de ces sentiments de supériorité, de ces conceptions hautaines, arrogantes autant que dominatrices, si nous voulons inventer les chemins d’issues à la crise.

Et puis à propos de ces élus et militants de gauche qui savent, qui sont persuadés d’incarner l’émancipation, je lis ce que dit Fanon de ces constructeurs de ponts, « de colonisation positive » qui le font sans se préoccuper de ce qu’en pense le peuple asservi, humilié, sans se soucier de sa « conscience », et me dis qu’il s’agit non seulement du rapport à l’autre mais de la conception même du pouvoir.

C’est alors que je me prends à réfléchir à une conférence donnée par Glissant, à laquelle j’ai eu la chance d’assister. Il appelait des militants de gauche, des militants convaincus de la nécessité de lutter contre le système de domination capitaliste à changer leur mode de pensée « continentalisée » pour un mode de pensée « archipel », de passer d’une pensée bloc, à l’européenne, pour une pensée de multitude.

Revenant à Fanon, à sa lettre, je me demande si cet homme de gauche, dans sa pensée européenne n’a pas un rapport au pouvoir qui s’apparente à celui de « ceux qui construisent des ponts » sans réellement « se soucier de la conscience » comme l’a écrit Fanon.

Alors , je comprends que cette lettre à un Français ne parle pas du passé, qu’elle ne parle pas seulement de l’autre, d’une histoire qui finalement ne me concernerait que de manière lointaine, marginale, morale, éthique, mais qu’elle me parle de ce qui fait bien des échecs de nos espérances, qu’elle parle de moi, de ce que furent certaines de mes espérances.
Alors je comprends qu’elle me signifie, « non pas qu’il n’y a pas de route pour en sortir, mais que l’heure est venue d’abandonner toutes les vieilles routes. » comme l’a écrit Aimé Césaire, :

Voila pourquoi Frantz fanon me semble un produit de haute nécessité à ajouter à ceux énoncés dans ce magnifique texte, du beau titre « Manifeste pour des produits de haute nécessité » signé de
Ernest BRELEUR
Patrick CHAMOISEAU
Serge DOMI
Gérard DELVER
Edouard GLISSANT
Guillaume PIGEARD DE GURBERT
Olivier PORTECOP
Olivier PULVAR
Jean-Claude WILLIAM

Ce beau texte produit pendant votre si grande lutte de 2009, ici en Martnique et aussi en Guadeloupe..
N’est-il pas utile, dans ces temps de domination et d’exploitation renforcées, de stigmatisations éhontées des migrants, des Roms, désignés comme ennemis de l’intérieur, d’instrumentalisation gouvernementale des peurs de « l’autre », de l’étranger, d’évaluation/fichage des « enfants difficiles », par l’Etat, de renouvellement du mépris des femmes, de relire Frantz Fanon, de s’interroger sur l’actualité de cette pensée, sur ce qu’elle implique pour tout projet d’émancipation ?
Ne faut-il pas considérer que ces questions sont centrales et pas seulement marginales, « sociétales » ?

Ne faut-il pas étendre les réflexions de Frantz Fanon à un type de mondialisation, à l’Occident , lui-même continent impérialiste ?
Nous qui tentons d’agir dans une Europe qui n’en finit pas de poursuivre ses démons, au point de nier la construction européenne au profit d’une Europe à plusieurs vitesses, dominée toujours plus par les puissants ,
Une Europe dont les principes de démocratie sont de plus en plus bafoués au nom de l’efficacité, de la compétence, lesquelles à entendre les Sarkozy, Merkel, Papaandréou et autres, ne sont « évidemment pas » du ressort du peuple, mais de celui des banquiers.

Ne faut-il pas considérer que les projets d’émancipation du système capitaliste, seront voués à l’échec s’ils n’intègrent, en substrat, l’émancipation des systèmes coloniaux de dominations et d’aliénations racistes au sens où Frantz Fanon nous y convie ?
D’abord, il ne saurait y avoir d’avancées sociales qui se contenteraient d’elles-mêmes. Toute avancée sociale ne se réalise vraiment que dans une expérience politique qui tirerait les leçons structurantes de ce qui s’est passé (manifeste »

N’ayons pas peur de ce passé, admettons en toute franchise qu’il faut comprendre pourquoi comme l’a dit Fanon dans « L’an V de la révolution algérienne », que, … « la France, pays impérialiste, recèle de grande possibilités racistes.. »,

Ne rejetons plus cela au motif de que ce ne serait, au pire , que de la provocation , au mieux qu’une analyse réductrice de la réalité.
Une interpellation qui, au lieu d’être niée, oubliée, aurait dû être approfondie ! Est-ce dépassé ou d’actualité ?

L’action contre cela réside, évidemment, dans l’action contre l’extrême-droite, mais pas seulement, vraiment pas seulement. Le racisme c’est un système de pensée, de mépris de l’autre, c’est aussi un système de hiérarchisation des cultures, des valeurs, des êtres humains. C’est un système de domination de pouvoir , de rapport aux autres, dans un territoire donné, entre territoires. Il en est du racisme comme d’autres choses, il ne suffit pas de se débarrasser des racistes pour se débarrasser des brumes du racisme. Celles-ci peuvent non seulement polluer les débats sur l’identité, mais aussi les débats sur les convergences, sur le rapport du pays au monde. Nous savons maintenant qu’une certaine conception de l’universel peut être entachée, détournée et finalement niée par ce qu’elle porte de conception autocentrée. Comment imaginer qu’un autre monde soit possible sans mettre en cause cette ancienne conception de l’universel ?

Là ou Fanon m’éclaire, me fait mal, m’aide et me dérange, c’est quand il montre à quel point le cadre dans lequel j’agis a été modelé, fondé par un cadre de domination coloniale,

Là où il m’aide et me déstabilise, c’est quand il m’emmène vers le sentiment que la non prise en compte de ces dimensions finit par devenir antinomique, par détruire ma propre prétention à agir pour l’ émancipation. Alors, parce que la crise économique, parce que les politiques d’austérité rendent l’affaire urgente, parce que nous sommes véritablement dans une crise de civilisation, ne faut-il pas mettre en cause une certaine conception de la démocratie, du pouvoir, à tous les niveaux, en passant au crible aussi bien les rapports homme-femme, que les conceptions des pouvoirs institutionnels, des pouvoirs dans l’entreprise, en se donnant des gardes-fous contre tout repli identitaire, toute forme de repli nationaliste ?
Frantz Fanon n’est-il pas un « produit de haute nécessité » ?
Agir pour diffuser le désir de lecture de Frantz Fanon
Rôle du réseau auquel je vous appelle à vous affilier.

Pour que nous nous regardions en face, pour que nous entendions l’interpellation de Sony Labou Tancy écrivant à François Mitterrand et lui disant :« Nous avons désormais l’exigence d’appeler chaque chose par son nom, pour payer notre tribu de franchise »

J’en profite pour vous inviter à lire le document « Lettres du Sud au Nord », avant de poursuivre la lecture de Sony Labou Tancy….qui, en se référant au besoin urgent de conscience humaine, » ajoutait dans cette même lettre, « à condition que cette conscience assure la promotion et le respect absolu de ce qui nous rapproche : notre différence »

Et j’en reviens à mon Français de gauche, mon ami, du moins j’aime à supposer que nous pourrions être amis, que nous devrions tendre à l’être, à être ensemble, comme tentent de le faire certaines nouvelles expériences de rassemblement politique à gauche, réellement à gauche !
En disant, avec Frantz Fanon, allons camarade, quittons là les oripeaux de la conception coloniale de la société et donc du pouvoir.
Quittons cette dialectique qui s’est muée en science de l’équilibre. Reprenons le chemin de l’Homme.

Des chemins de colère, d’indignation, des chemins où il faut réapprendre à poursuivre l’Homme et, comme le disait Victor Permal en ouverture de ce colloque international, « poursuivre tout ce qui déréalise l’Homme ».
Dans ses études Frantz Fanon ne fait preuve d’aucun machiavélisme. Il n’est jamais univoque, sa prise de parti est universaliste. Etudier la manière dont Frantz Fanon intègre les discours et actes du système de domination, du colonisateur, ses déclarations de « bonne volonté », de « progrès de tous », ses sources dans l’universalisme de la Révolution française, dans la République, me semble d’une très forte nécessité pour tous ceux et celles qui veulent vraiment que ce monde, dominé par les puissances financières, bascule enfin.

Face, notamment, au discours de Grenoble, désignant la plèbe, les Roms comme entité indésirables, discours scandaleux, honteux. La lecture de Frantz Fanon est indispensable pour ne pas en rester à des condamnations par trop superficielles, voir politiciennes. Ce discours, les dérives xénophobes, racistes, témoignent de l’impérieuse nécessité d’interpeller l’ensemble de la société, au-delà de cette droite qui, de décomplexions en décomplexions, poursuit ses dérives inquiétantes, à la recherche des voix du front national et plus encore à la recherche des ferments de haine de peur, de division.

Ce qu’apporte Frantz Fanon ce n’est pas seulement une condamnation de ces discours et actes, c’est un appel à ne pas reproduire ce que l’on condamne.

En ce sens il est profondément novateur, il aide à comprendre pourquoi les révolutions se sont trop souvent muées en leur contraire dans le mimétisme de ce qu’elle avait rejeté.

Ce qui me motive chez Fanon, c’est qu’il n’y a pas de fatalisme, puisque tout est du ressort du chemin de l’Homme.
Dans les « conclusions aux damnés de la terre », Fanon s’en prend à cette Europe « qui jamais ne cessa de parler de l’Homme, de proclamer qu’elle était inquiète de l’Homme » et qui, pourtant, s’est montrée « carnassière », « rapace » avec l’Homme »

L’Europe qui « va vers un vertige effroyable, vers des abîmes dont il vaudrait mieux s’éloigner rapidement ».

« Fuyons camarades, ce mouvement immobile où la dialectique, petit à petit, s’est muée en logique de l’équilibre. Reprenons la question de l’homme. Reprenons la question de la réalité cérébrale, de la masse cérébrale de toute l’humanité dont il faut multiplier les connexions, diversifier les réseaux et réhumaniser les messages »

Pour l’Europe, pour nous-mêmes et pour l’Humanité, camarades il nous faut faire peau neuve, développer une pensée neuve….

Pour achever mon intervention, je m’en tiendrai à un beau mot d’ordre des indignés de Madrid qui ont proclamé sur des banderoles à l’adresse des puissants, des financiers, des capitalistes ;

« Vous nous empêchez de rêver, alors nous vous empêcherons de dormir »