Texte soumis par Serge Guichard

Esclave c’est un mot slam (Slam)

, par Pascal Diard

Esclave c’est un mot slam.

23/01 – 1/02/2007

Esclave c’est un mot slam/
Ce mot claque à la place du fouet/ sur les peaux noires/
Ce mot claque à la face du p’tit blanc/ au désespoir/
Au désespoir de n’plus pouvoir/
De n’plus pouvoir posséder l’homme/
Posséder l’homme la femme l’enfant/
L’enfant si vite et si souvent/
Souvent séparé d’ses parents.

Esclave c’est un mot slam/
Il résonne/sonne/et sonne/et sonne/
Dans la tête et dans les cœurs/
Assourdis par ce silence de nonne/
Dans l’école blanche des professeurs//
Il résonne/sonne/tonne et bourdonne/
Dans les chairs et dans les corps/
De ceux qu’aimeraient qu’on leur donne/
Aut’chose qu’la rage et le remords.

Esclave c’est un mot slam/
A qui réclame, à qui proclame, sans état d’âme, sans perdre larme/
Mémoire// justice// réparation// mettre au débit l’humiliation.

Esclave c’est un mot slam/
N’oublie pas chaînes et prisons/
L’bateau du négrier, la révolte des marrons/
N’oublie pas toutes les pépettes/ (ton ironique !!!)
Gagnées à la sueur de leur front/
Toi le p’tit blanc qui te la pètes /
Avec ta sale morgue de colon/
En Françafrique tu t’crois perpète/
Toi le p’tit blanc qui bande// au froid// sur la croisière du Titanic/
Toi le p’tit blanc qu’explose// de joie // pour un commerce transatlantique/
Toi le p’tit blanc qui te la pètes/
Qui trouve très chouette la cicatrice/
Fashion /// Modèle /// éducatrice !

Esclave c’est un mot slam/
Basta aux histoires sans parole/ (ton rageur)
Gueule don’ ta haine aux verbicides/
A l’escamoteur d’archives, à celui qui les vend/
A l’héritier du notaire, de l’armateur ou du marchand/
Brandis ta rage à ceux qui volent/
A ceux qui refusent génocide/
Comme mot porté en tombe/ (Ralentir de plus en plus)
Comme mot porté en terre/
Pour redonner la dignité, la chair/
Redonner la lumière et l’ombre/
Aux corps disparus des ancêtres/
De ces lointains ancêtres sombres.

Esclave c’est un mot slam/
A qui veut retrouver l’histoire/ histoire d’humains en mille morceaux/ en mille morceaux épars/ en mille morceaux pillés/ en mille morceaux brisés/ brisés par cett’ foutue manie/ manie d’vouloir l’autre et sa peau/ l’autre et sa peau pour faire profit/ faire profit du silence/
Du silence dans les têtes///
Du silence dans les têtes///
Dans les têtes prises dans les mains///
Dans les têtes prises dans les mains///
Prises dans les mains des immobiles///
Dans les mains des immobiles abolis/// abolis désenchaînés.

Esclave c’est un mot slam/
C’est un p’tit blanc qui te le dis/
Fils d’ouvrier barricadé/
A la colère réprimée/
Descendant p’têt’ d’un exilé/ d’un massacré, d’un opprimé/
Mais qui, hélas, c’est retrouvé/
Chez les Kanaks, en Algérie, en Réunion, Calédonie/
Le corps, les idées en charpie/
Mais qui peut être s’est retrouvé/
Un petit chef aux colonies.

Esclave c’est un mot slam/
C’est un p’tit blanc qui te le dis/
Fils d’ouvrier barricadé/
A la colère retrouvée/
Et qui te dis en blanc et noir
Pour Noirs et Blanc en rouge espoir/
Qu’avec un poing bien refermé/
Esclave devient mot du passé/mot relégué/mot dépassé par ce mot autre « humanité ».