Cambodge Reçu de Alain Ruscio, Historien et témoin...

, par Serge Guichard

Semaine de la Solidarité Internationale

Du 14 au 23 novembre 2008

organisée par les associations Ishtar et Baraka

Espace Ishtar

10 rue du Cardinal Lemoine, 75005 Paris

01 43 29 33 08

postmaster espace-ishtar.fr

Avec mon amie de longue date Denise Affonço, rescapée du régime Khmer Rouge, nous témoignerons sur un des drames majeurs du XX è siècle :

Le Cambodge de Pol Pot

Vendredi 14 novembre à 19h00

Rencontre avec Alain Ruscio et Denise Affonço

Alain Ruscio a une formation d’Historien. Il a publié une quinzaine d’ouvrages sur la guerre d’Indochine et l’histoire de la péninsule. De 1978 à 1980, il a été correspondant permanent de L’Humanité en Asie du Sud-est, notamment à Phnom Penh au Cambodge, où il fut le premier occidental à pénétrer en 1979, après la chute du régime Khmer Rouge. Trente ans après, et alors que les derniers acteurs Khmers Rouges comparaissent devant le Tribunal international de l’ONU, Alain Ruscio nous livrera ses souvenirs et présentera ses articles de l’époque, ses Carnets, écrits souvent au jour le jour, rassemblés dans son dernier ouvrage : Cambodge, An 1. Journal d’un témoin (Ed. Les Indes Savantes, Paris 2008)

Denise Affonço, de mère vietnamienne et de père français, était promise à une existence paisible au Cambodge jusqu’à ce que les Khmers rouges fassent basculer sa vie en 1975. S’ensuivirent quatre années de cauchemar dans les camps de travail. Après avoir témoigné au procès de Pot Pot en 1979, Denise Affonço a pu rejoindre la France. Elle vit aujourd’hui à Paris et travaille à l’Institut d’études de sécurité de l’Union européenne. Elle a rassemblé ses témoignages dans son livre : La digue des veuves. Rescapée de l’enfer des Khmers rouges (Ed. Presses de la Renaissance, Paris 2008)

PJ : Avant-propos de mon livre

Alain RUSCIO

CAMBODGE, AN 01

Journal d’un témoin, 1979-1980

Contribution au procès du génocide Khmer Rouge

Préface de Raoul Marc Jennar

Paris, Ed. Les Indes Savantes, 2008

AVANT-PROPOS

J’ai été le premier Occidental1 à pénétrer au Cambodge, au lendemain de la chute de Pol Pot.

Je n’en tire aucune gloire particulière. Les circonstances.

Triste privilège, en tout cas. Ça vous marque un homme. “C’est de ce temps-là que je garde au cœur une plaie ouverte…“

Ce fut le 25 janvier 1979, très précisément, c’est-à-dire deux semaines après la chute des sanguinaires. Puis, entre cette date et le printemps 1980, j’ai sillonné ce pays dans tous les sens, par tous les moyens de locomotion imaginables. J’y ai parcouru des milliers de kilomètres, rencontré des centaines de témoins, parlé, le plus souvent en français, avec des Khmers de toutes origines, de toutes conditions, de toutes opinions. Je m’y suis fait des amis, même si je n’ai jamais revu, depuis ce temps, la plupart d’entre eux.

J’ai publié ces témoignages.

Dans L’Humanité dont, de 1978 à 1980, j’ai été l’envoyé permanent en Asie du Sud-est (on ne disait pas, par décence : “en Indochine”, mais c’est bel et bien l’ancien espace colonial que je “couvris”).

Ces articles, et les notes qui les accompagnaient et leur servaient de support, dorment depuis dans mes cartons d’archives. C’est ce dossier que je livre ici aux lecteurs qui voudront bien s’y intéresser.

Plus d’un quart de siècle s’est écoulé. Pol Pot est mort. Khieu Samphan s’est rendu. Il est question d’un (second) grand procès pour crimes contre l’humanité. Norodom Sihanouk, recordman absolu de longévité politique (il avait été intronisé sous le régime vichyste en 1941 !) a pris une retraite méritée. Hun Sen, que j’ai connu très jeune, a fait une grande carrière politique dans son pays.

Pourquoi, aujourd’hui, ressortir ces vieilles notes ?

D’abord parce que nul témoignage, concernant le drame Khmer rouge – reconnu par la communauté internationale comme l’un des quatre ou cinq génocides du XX è siècle – ne peut être mis de côté. Or, l’historien que je suis devenu prend – tardivement – conscience que le journaliste que j’étais a fourni à l’étude un matériau brut qui, après tout, n’est pas négligeable. Les années ont passé, et l’Histoire immédiate dont j’ai été un témoin est devenue de l’Histoire tout court.

Mais aussi parce que ces articles ont été l’objet d’un étrange silence dans les divers ouvrages spécialisés qui ont été écrits depuis. Aucun, sauf erreur de ma part, n’a cité mon témoignage, alors que les reportages des envoyés de l’AFP, du Monde, du Figaro, de la Far Eastern Economic Review, certes tous de qualité, mais postérieurs aux miens, sont des références obligées.

Je n’en fais évidemment pas une affaire personnelle. Et je ne suis pas naïf au point de ne pas connaître la cause de cette situation : ce journal, L’Humanité, a été parfois, souvent (mais, soyons justes, pas toujours !) pris en flagrant délit de mensonge… ses journalistes-militants ont été de ce fait parfois, souvent, discrédités. Partisans, donc partiaux. C’est un vieux débat, et je n’ai pas à y revenir ici.

On sait que L’Humanité a, immédiatement après la chute de Phnom Penh et dans les deux années qui ont suivi, affirmé le caractère anti-impérialiste du régime Khmer rouge. Puis, devant la cascade de témoignages inquiétants qui arrivaient, auxquels répondait le silence assourdissant de Phnom Penh, devant aussi l’impossibilité d’envoyer des journalistes sur place, L’Huma a prudemment choisi le silence, avant de le rompre fin 1977, et de dénoncer – enfin – les bourreaux..

Je ne travaillais pas, alors, au journal. Si j’y avais signé en 1975, j’aurais peut-être, sans doute, écrit les mêmes bêtises que mes aînés.

Mais c’est de la période postérieure dont j’ai été le témoin.

Et j’ai tout de même le droit de m’étonner. Et de tenter de compenser cet « oubli » par la présente publication.

Voici donc, pour qu’elles ne soient pas oubliées à jamais, ces quelques notes bien noires sur une sinistre expérience qui se voulait rouge.