ABDOULAYE WADE CONTRE LE PEUPLE SENEGALAIS De Dakar

, par Demba Moussa Dembélé Ligue internationale de la lutte des peuples Vice-président du Réseau international Frantz Fanon

Avannt-propos

Nous sommes tous et toutes de tout coeur avec notre vice-président Demba qui mène, avec le peuple sénégalais une lutte courageuse et périlleue contre l’impérialisme et ses continuateurs au Sénégal.

Hervé Fuyet, coordinateur du RIFF


ABDOULAYE WADE CONTRE LE PEUPLE SENEGALAIS

Demba Moussa Dembélé

Forum Social Sénégalais (FSS)

Vice-président du Réseau International Frantz Fanon

Dakar

La validation de la candidature du président Abdoulaye Wade par le Conseil Constitutionnel
a créé une situation quasi-insurrectionnelle dans notre pays. La raison réside dans le fait que
cette candidature est une violation flagrante de la Constitution sénégalaise. D’ailleurs, après
sa réélection en 2007, jugée frauduleuse par l’opposition et une bonne partie de l’opinion,
Wade lui-même avait affirmé qu’il ne pouvait pas se représenter en 2012, avant de se dédire
publiquement.

UNE DECISION DICTEE PAR LA CORRUPTION ET LA PEUR ?

C’est donc contre l’avis de la quasi-totalité des constitutionnalistes du pays que les juges
du Conseil Constitutionnel ont validé la candidature du président Wade. Pour nombre de
critiques, cela ne devrait pas étonner vu la composition du Conseil et les faveurs octroyées
par Wade à ses membres. En effet, le président de cette institution, Cheikh Tidiane
Diakhaté, a vu son salaire augmenté de façon substantielle par Wade. Selon la presse, lui
et les autres membres du Conseil ont récemment reçu des voitures 4x4 flambant neuf et
d’autres privilèges. C’est pourquoi certains disent que leur décision est en partie le résultat
de cette corruption déguisée.

On peut aussi penser qu’un autre facteur a dû peser dans la décision de Cheikh Tidiane
Diakhaté et de ses collègues. Ils ont sans doute dû avoir en mémoire le sort réservé à
Me Babacar Sèye assassiné en 1993 lors des élections présidentielles de cette année-là.
Comme on le sait, de forts soupçons continuent de peser sur le président Wade comme le
principal commanditaire de ce meurtre crapuleux. Ses détracteurs disent que s’il a pu le faire
alors qu’il était dans l’opposition, aujourd’hui qu’il est au pouvoir, il a tous les moyens de
commanditer d’autres meurtres et les maquiller. Une telle pensée a peut-être hanté l’esprit
des juges du Conseil constitutionnel lors de leurs délibérations.

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COMBIEN DE CADAVRES FAUDRA-T-IL A WADE AVANT DE PARTIR ?

Quoiqu’il en soit, la décision du Conseil constitutionnel a été accueillie par de violentes
manifestations à travers tout le pays. En moins d’une semaine, six personnes ont perdu la
vie suite aux rassemblements organisés pour protester contre la validation de la candidature
de Wade. A part le policier tombé le vendredi 27 janvier, les autres victimes ont été
abattues de sang froid par les forces de l’ordre. Ainsi donc, Wade a-t-il déjà six morts sur la
conscience. Avec la détermination des forces vives de la nation et de la grande majorité du
peuple sénégalais, d’autres morts sont à prévoir si Wade persiste à garder sa candidature.

Si Wade a pu dire qu’il ne voulait pas marcher sur des cadavres pour aller au pouvoir, le
voilà maintenant en train d’en accumuler pour rester au pouvoir, coûte que coûte et en
violation de la Loi fondamentale du pays.

Et beaucoup se demandent pourquoi cet entêtement ? Même à supposer que la Constitution
lui donne le droit de se présenter à l’élection présidentielle, cela vaut-il la peine de persister
en face d’un rejet aussi massif du peuple sénégalais ? Au-delà du problème juridique posé
par la candidature de Wade, il y a un problème éthique et moral fondamental. Comment
peut-on accepter qu’au 21e siècle un vieillard de près de 90 ans prétende gouverner un pays
où plus des deux tiers des habitants ont moins de 40 ans ?

Les chefs religieux doivent avoir le courage de regarder Wade en face et de lui dire la vérité :
il doit partir pour éviter au pays un bain de sang.

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LE JUGEMENT DE L’HISTOIRE

Quoi qu’il arrive maintenant, une chose est déjà sûre, Wade sortira par la petite porte et
l’histoire délivrera un jugement sévère sur sa présidence. Après la joie immense ressentie
par des millions de Sénégalaises et de Sénégalais le 19 mars 2000, personne n’aurait
pensé que l’on vivrait un tel cauchemar. L’histoire retiendra que Wade a profité des
acquis démocratiques arrachés de haute lutte par le peuple sénégalais pour accéder au
pouvoir pour ensuite chercher à imposer une dévolution monarchique du pouvoir. Ses
deux prédécesseurs, Senghor et Abdou Diouf, sont sortis par la grande porte. Senghor
avait volontairement abandonné le pouvoir à un âge moins avancé que celui de Wade.
Quant à Abdou Diouf il a eu la lucidité et l’élégance de reconnaître sa défaite en 2000 et
de transmettre pacifiquement le pouvoir. S’il avait écouté certains faucons de son régime le
Sénégal aurait pu vivre des heures sombres et connaître un véritable bain de sang.

Au lieu d’imiter ces deux exemples, voilà qu’Abdoulaye Wade, à près de 90 ans, s’acharne
à violer la Constitution pour rester au pouvoir coûte que coûte.

RENFORCER ET AMPLIFIER LA RESISTANCE POPULAIRE

Les six morts qu’il a déjà sur la conscience sont venus s’ajouter aux autres meurtres impunis
attribués à son régime. Ce décompte macabre restera à jamais une tache indélébile sur
sa présidence. Pour éviter d’allonger la liste des victimes, il faut que le président entende
raison et renonce à sa candidature. C’est pourquoi les forces vives du pays ont organisé
la résistance populaire contre la violation de la Constitution. Cette résistance légitime doit
s’amplifier et avoir le soutien de l’ensemble du peuple sénégalais. Depuis l’aube des temps,
les peuples ont toujours eu le droit légitime de résister à la tyrannie et au despotisme. C’est
ce que le peuple sénégalais est en train de faire aujourd’hui. Et tout le monde est interpellé.

Wade doit partir. Et il partira parce qu’il a la majorité du peuple sénégalais contre lui. Et les
peuples finissent toujours par avoir le dernier mot.

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