22 Mai 1848 : Un Jalon capital de l’histoire de notre peuple http://journal-justice-martinique.com

, par Maurice Belrose

Le 22 mai 1848 est sans conteste un moment déterminant de l’histoire du peuple martiniquais, lequel en cette année 2009 célébrera l’abolition de
l’esclavage avec d’autant plus de ferveur qu’il vient de se mobiliser massivement contre la “vie chère” et les ravages sociaux engendrés par l’ultra libéralisme, arrachant au patronat et à l’Etat un certain nombre de concessions sur les bas salaires et les prix des produits de première nécessité.

Comme on le sait, en Martinique, ce sont les esclaves eux-mêmes qui ont
arraché leur liberté par la révolte. Cependant, pour que cette vérité historique soit reconnue et que le 22 Mai devienne fête nationale martiniquaise, il a fallu batailler dur au plan idéologique et au plan politique. Et dans cette bataille, comme dans tant d’autres, les communistes ont joué un rôle primordial.

Nous voulons parler singulièrement des camarades Gabriel Henry, aujourd’hui centenaire, et surtout Armand Nicolas, qui a fait un travail d’historien remarquable et décisif. La vérité ainsi mise à nu, d’autres chercheurs et militants ont pris le relais, multipliant les actions destinées à faire en sorte que le Martiniquais connaisse son histoire, cesse d’avoir honte de son passé, sache qui il est réellement.

La bataille politique et médiatique menée en France pour que l’esclavage et la traite négrière soient reconnus comme crimes contre l’humanité s’inscrit
dans la continuité de celle initiée en Martinique par Armand Nicolas et poursuivie aux Antilles, en Guyane et à la Réunion par des démocrates et des anticolonialistes
de divers horizons.

Dans l’histoire de la Martinique, il y a un avant- Mai 1848 et un après- Mai 1848. Au plan démographique et ethnique, l’abolition de l’esclavage a eu pour conséquence immédiate l’importation par le pouvoir colonial français de travailleurs “libres” originaires d’Afrique -les fameux Nègres Congo -, de Chine et surtout d’Inde. Ainsi, aux Noirs, Mulâtres et Békés vont venir s’ajouter les Chinois et les Indiens. Le cloisonnement ethnique, la division en castes de la société coloniale ne disparaissent pas comme par magie, mais peu à peu se dessine une autre Martinique, à la fois multiethnique et métisse, avec prédominance, toutefois, des descendants d’Africains.

L’autre étape importante de notre histoire sera la transformation de la Colonie en Département d’outre-mer en 1946, à l’initiative des communistes, et sur la base de la revendication de l’application effective de la devise républicaine : Liberté, Egalité, Fraternité. Il s’agissait concrètement de sortir les paysans surexploités des griffes de l’oligarchie békés, de soulager la misère des masses, d’obtenir l’égalité aussi bien avec les Békés qu’avec les Français de France, aussi de réclamer “réparation” à la “mère patrie”, de lui rappeler le sang versé dans le combat commun contre l’Allemagne nazie.

De ce point de vie, la revendication du statut de Département -déjà ancienne au demeurant- doit être perçue comme la continuation du combat mené par nos ancêtres esclaves, combat qui sur certains points rejoignait celui des “hommes de couleur libres”, même si ceux-ci poursuivaient des objectifs propres, conformes à leurs intérêts de classe. Aujourd’hui le système départemental a atteint ses limites et, de ce fait, doit être dépassé. Si ses avancées sociales sont indéniables, s’il a favorisé -ou précipité- notre entrée dans ce qu’on appelle “la modernité”, il a accru notre dépendance de la France et de l’Europe, nous a dotés d’une économie artificielle et fragile, nous a désarmés face aux risques naturels, face à l’avenir, nous a inculqué de fausses valeurs venues d’ailleurs. Il a surtout modifié la composition ethnique de notre peuple et mis notre terre en danger. A partir des années 1960, la Martinique a commencé à révéler les signes d’une transformation en colonie de peuplement : alors que le BUMIDOM se chargeait d’expatrier notre jeunesse, notre force de travail, se mettait en place lentement et insidieusement une politique tendant à faciliter l’arrivée et l’installation chez nous de personnes venues d’ailleurs, les Européens occupant une place privilégiée dans ce nouveau système structurant. Aujourd’hui, “les nouveaux maîtres” de notre pays ne sont pas (seulement) les Békés, contrairement à ce qu’a laissé croire l’auteur d’un récent documentaire abondamment diffusé sur Internet. Les Békés occupent certes une place importante dans le tissu économique martiniquais, mais la bourgeoisie française est bien implantée chez nous et domine de nombreux secteurs d’où elle a chassé les Békés ou qu’elle a créés pour ses propres besoins d’expansion. Le “békéland” de Cap Est, au François ne doit pas faire oublier les nombreux “métrolands” des zones touristiques côtières : Trois-Ilets, Diamant, Sainte-Luce, Tartane, etc.
L’Église catholique est rudement concurrencée par des églises “chrétiennes” et des sectes originaires des Etats-Unis. Les musulmans ont commencé la construction d’une mosquée et les juifs ont leur synagogue. Le vaudou s’enracine de plus en plus et les guérisseurs venus d’Afrique font fortune en toute quiétude. Pendant ce temps la violence, la délinquance, la consommation de drogues progressent de manière inquiétante, tandis que les terres agricoles reculent régulièrement au profit de la spéculation immobilière ou sont empoisonnées par les produits chimiques.

Voilà le pays que nous avons à guérir et reconstruire en ce mois de Mai 2009. Prenons exemple sur nos ancêtres du 22 Mai 1848, mais sans nostalgie et sans esprit de revanche sur les Békés d’aujourd’hui. Notre combat est beaucoup plus complexe, à l’image de la société dans laquelle nous vivons. Nous devons regarder résolument vers l’avenir, sans jamais oublier le passé, mais aussi sans en être les esclaves. L’histoire nous a donné rendez- vous avec nous-mêmes. Le Congrès des élus œuvre à l’avènement d’une Martinique autonome dans le cadre de la République française. Préparons les conditions du triomphe du “oui” lors de la prochaine et décisive consultation populaire !

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