Frantz Fanon et le psychisme

Articles de cette rubrique

  • Autour de « réseau » et de « Frantz Fanon »

    , par Bernard Doray

    1 -Réseau
    Un réseau, c’est plus qu’une addition d’éléments. C’est l’organisation d’un lien symbolique entre tous les éléments qui le composent. Le réseau crée des ponts parce qu’il fait vivre une appartenance partagée. Parfois, il peut être un point de résistance de la Culture, face à un processus de destruction des liens humains.
    Ainsi, à Nairobi, une intervenante ougandaise, venue avec son bébé, et qui appartient à un mouvement de “psychiatrisés survivants de la psychiatrie“ qui avait envoyé d’Afrique et d’Europe une dizaine de délégués au FSM. Elle fait part de son émotion d’avoir entendu des psychiatres qui sont en fraternité avec leur lutte, et elle poursuit : « Notre mouvement des psychiatrisés qui sont des « survivants de la psychiatrie » se demande si, dans la profession des psychiatres, on a conscience du fait que l’excès de médications a souvent des effets secondaires tels que cela peut parfois mener à (...)

  • Cinq mots sur l’actualité de Frantz Fanon

    , par Bernard Doray

    Cette contribution tiendra en cinq mots. Mais comme chacun mérite un peu d’explication, elle prendra tout de même plus de cinq minutes. Le premier de ces mots sera Dignité. Au début du livre La dignité, les debouts de l’utopie…, il y a l’histoire de Lucia, que nous avons rencontrée, dans la minuscule communauté de San Rafael perchée dans une haute vallée de la Zona Norte du Chiapas insurgé. Sa communauté d’origine avait été divisée, et son groupe avait été attaqué par ceux qui étaient devenus des paramilitaires. Son mari était particulièrement visé car il était diacre et il professait le respect des créatures en général et de la vie humaine en particulier. Et puis, il était contaminé par les idées des zapatistes. Avec d’autres familles, ils ont tout laissé sur place pour fuir dans la montagne. Le mari de Lucia est mort d’épuisement dans cette fuite. Lorsque les étrangers-venus-de-loin l’interrogent sur ce que c’est (...)

  • Frantz Fanon, une lumière dans la psychiatrie coloniale

    , par Bernard Doray

    Ainsi, sous l’occupation nazie, notre société a-t-elle suscité l’extermination rampante de quarante milles « malades mentaux » sur les cent vingt milles personnes qui peuplaient les asiles français pour aliénés, au début de la seconde guerre mondiale. L’ordre n’en avait pas été donné. Il ne provenait explicitement d’aucune autorité, mais c’était plutôt l’effet mécanique d’une accumulation d’abominations interstitielles.
    Comme le soulignent les présentateurs du livre Le train des fous, de Pierre Durand, « sous l’occupation, pour pouvoir survivre, il fallait avoir recours au marché noir, les tickets de carte d’alimentation ne suffisant pas. Ce système de marché noir excluait de fait les hospitalisés. »
    Dans ce contexte, il a suffi pour cette hécatombe que cette situation de fragilité s’accorde avec une conjonction de nuisances : « une opinion fort répandue parmi l’élite Vichyste que les fous étaient des malades sans (...)

  • Fanon et l’aliénation psychopathologique

    , par Alice Cherki

    Parler de Fanon du point de vue de la psychiatrie est certes un découpage arbitraire, car, comme vous le savez, la quête de Fanon portait sur l’aliénation de l’homme - - dans tous les champs de l’humain.
    Il poursuivait sans relâche son interrogation sur les causes de cette aliénation, sur ses effets et aussi sur les moyens à mettre en œuvre pour tenter d’en sortir. Aussi rien n’est séparable chez lui de sa passion pour la folie et plus largement pour la psyché de son combat politique et de son activité d’écriture.Il est difficile de dissocier Fanon analyste du racisme, répondant au Mannoni de Psychologie de la colonisation, mettant en évidence l’irréductibilité violente de la situation coloniale de deux mondes « coupés l’un de l’autre », dans l’affrontement duel de deux forces antagonistes et inégales qui s’excluent réciproquement et ne laisse au colonisé d’autre choix que la pétrification soumise ou la (...)